Étape 11 — L’Enfer est amené ; le Pont est tendu

ÉTAPE 11 L’Enfer est amené ; le Pont est tendu Le grand voyage — de l’agonie aux portes de l’Enfer

En une phrase : l’Enfer est amené, tiré par soixante-dix mille brides tenues chacune par soixante-dix mille anges ; un pont est tendu au-dessus de lui, hérissé de crochets, que l’on franchit selon ses œuvres tandis que les messagers disent « Ô Allah, sauve, sauve » ; les croyants sauvés règlent ensuite leurs comptes sur une passerelle avant d’entrer au Paradis.

Le Pont (as-Sirât) et la passerelle (al-Qantara) ne sont pas la même chose

As-Sirât

  • Tendu au-dessus de l’Enfer (al-Bukhârî 7439, Muslim 183).
  • Tous les hommes s’y engagent ; les croyants passent, les autres tombent.
  • Crochets, vitesses différentes, lumière selon les œuvres (57:12-13).
  • Les messagers y disent : « Ô Allah, sauve, sauve. »

Al-Qantara

  • Entre l’Enfer et le Paradis, après la traversée (al-Bukhârî 2440, 6535).
  • Réservée aux croyants déjà sauvés du Feu.
  • On y règle les injustices commises entre croyants.
  • On en sort purifié pour entrer au Paradis.

Distinction établie par Ibn Kathîr (an-Nihâya, chapitre sur la Qantara) et Ibn Hajar (Fath al-Bârî, sur 6535).

Les textes

كَلَّآۖ إِذَا دُكَّتِ الْأَرْضُ دَكّٗا دَكّٗا ﴿21﴾ وَجَآءَ رَبُّكَ وَالْمَلَكُ صَفّٗا صَفّٗا ﴿22﴾ وَجِاْيٓءَ يَوْمَئِذِۭ بِجَهَنَّمَۚ يَوْمَئِذٖ يَتَذَكَّرُ الْإِنسَٰنُ وَأَنَّىٰ لَهُ الذِّكْرَىٰ ﴿23﴾

Non ! Lorsque la terre sera pulvérisée, coup sur coup, et que ton Seigneur viendra, et les anges, rang sur rang, et que ce Jour-là on amènera l’Enfer : ce Jour-là, l’homme se souviendra ; mais à quoi lui servira de se souvenir ?

Coran 89:21-23

إِذَا رَأَتْهُم مِّن مَّكَانِۭ بَعِيدٖ سَمِعُواْ لَهَا تَغَيُّظٗا وَزَفِيرٗا ﴿12﴾ وَإِذَآ أُلْقُواْ مِنْهَا مَكَانٗا ضَيِّقٗا مُّقَرَّنِينَ دَعَوْاْ هُنَالِكَ ثُبُورٗا ﴿13﴾ لَّا تَدْعُواْ الْيَوْمَ ثُبُورٗا وَٰحِدٗا وَادْعُواْ ثُبُورٗا كَثِيرٗا ﴿14﴾

Lorsqu’il les verra d’un lieu lointain, ils entendront sa fureur et son grondement. Et lorsqu’ils y seront jetés, enchaînés, dans un lieu étroit, ils appelleront la destruction. « N’appelez pas aujourd’hui une seule destruction, appelez-en beaucoup ! »

Coran 25:12-14

إِذَآ أُلْقُواْ فِيهَا سَمِعُواْ لَهَا شَهِيقٗا وَهِيَ تَفُورُ ﴿7﴾ تَكَادُ تَمَيَّزُ مِنَ الْغَيْظِۖ كُلَّمَآ أُلْقِيَ فِيهَا فَوْجٞ سَأَلَهُمْ خَزَنَتُهَآ أَلَمْ يَأْتِكُمْ نَذِيرٞ ﴿8﴾

Lorsqu’ils y seront jetés, ils en entendront un mugissement, tandis qu’il bouillonne ; peu s’en faut qu’il n’éclate de rage.

Coran 67:7-8

وَسِيقَ الَّذِينَ كَفَرُوٓاْ إِلَىٰ جَهَنَّمَ زُمَرًاۖ حَتَّىٰٓ إِذَا جَآءُوهَا فُتِحَتْ أَبْوَٰبُهَا وَقَالَ لَهُمْ خَزَنَتُهَآ أَلَمْ يَأْتِكُمْ رُسُلٞ مِّنكُمْ يَتْلُونَ عَلَيْكُمْ ءَايَٰتِ رَبِّكُمْ وَيُنذِرُونَكُمْ لِقَآءَ يَوْمِكُمْ هَٰذَاۚ قَالُواْ بَلَىٰ وَلَٰكِنْ حَقَّتْ كَلِمَةُ الْعَذَابِ عَلَى الْكَٰفِرِينَ ﴿71﴾

Ceux qui ont mécru seront poussés vers l’Enfer par groupes. Lorsqu’ils y arriveront, ses portes s’ouvriront, et ses gardiens leur diront : « Des messagers issus de vous ne sont-ils pas venus vous réciter les versets de votre Seigneur et vous avertir de la rencontre de ce Jour ? » Ils diront : « Si ! » Mais la parole du châtiment se sera accomplie contre les mécréants.

Coran 39:71

وَإِن مِّنكُمْ إِلَّا وَارِدُهَاۚ كَانَ عَلَىٰ رَبِّكَ حَتْمٗا مَّقْضِيّٗا ﴿71﴾ ثُمَّ نُنَجِّي الَّذِينَ اتَّقَواْ وَّنَذَرُ الظَّـٰلِمِينَ فِيهَا جِثِيّٗا ﴿72﴾

Il n’est aucun de vous qui n’y passera : c’est, pour ton Seigneur, un arrêt décidé. Puis Nous sauverons ceux qui étaient pieux, et Nous y laisserons les injustes, agenouillés.

Coran 19:71-72

Note : Deux lectures anciennes, toutes deux à conserver : pour la majorité, « y passer » (wurûd) est la traversée du Pont au-dessus de l’Enfer ; pour Ibn ‘Abbâs et d’autres, c’est l’entrée elle-même, le Feu restant sans effet sur les croyants, comme il fut « fraîcheur et paix » pour Abraham. Ibn Kathîr (Tafsîr, 19:71) et al-Qurtubî exposent les deux. Ne pas simplifier.

يَوْمَ تَرَى الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَٰتِ يَسْعَىٰ نُورُهُم بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَبِأَيْمَٰنِهِمۖ بُشْرَىٰكُمُ الْيَوْمَ جَنَّـٰتٞ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَٰرُ خَٰلِدِينَ فِيهَاۚ ذَٰلِكَ هُوَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ ﴿12﴾ يَوْمَ يَقُولُ الْمُنَٰفِقُونَ وَالْمُنَٰفِقَٰتُ لِلَّذِينَ ءَامَنُواْ انظُرُونَا نَقْتَبِسْ مِن نُّورِكُمْ قِيلَ ارْجِعُواْ وَرَآءَكُمْ فَالْتَمِسُواْ نُورٗاۖ فَضُرِبَ بَيْنَهُم بِسُورٖ لَّهُو بَابُۢ بَاطِنُهُو فِيهِ الرَّحْمَةُ وَظَٰهِرُهُو مِن قِبَلِهِ الْعَذَابُ ﴿13﴾

Le Jour où tu verras les croyants et les croyantes, leur lumière courant devant eux et à leur droite… Le Jour où les hypocrites, hommes et femmes, diront aux croyants : « Attendez-nous, que nous prenions de votre lumière ! » On leur dira : « Retournez en arrière et cherchez de la lumière. » Puis on dressera entre eux une muraille avec une porte : à l’intérieur, la miséricorde ; à l’extérieur, en face, le châtiment.

Coran 57:12-13

عَنْ عَبْدِ اللَّهِ، قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم  » يُؤْتَى بِجَهَنَّمَ يَوْمَئِذٍ لَهَا سَبْعُونَ أَلْفَ زِمَامٍ مَعَ كُلِّ زِمَامٍ سَبْعُونَ أَلْفَ مَلَكٍ يَجُرُّونَهَا « 

« On amènera l’Enfer ce Jour-là, tenu par soixante-dix mille brides, chaque bride tirée par soixante-dix mille anges. »

Muslim (2842), d’après Ibn Mas‘ûd

عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، رضى الله عنه قَالَ قَالَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم  » تَحَاجَّتِ الْجَنَّةُ وَالنَّارُ فَقَالَتِ النَّارُ أُوثِرْتُ بِالْمُتَكَبِّرِينَ وَالْمُتَجَبِّرِينَ. وَقَالَتِ الْجَنَّةُ مَا لِي لاَ يَدْخُلُنِي إِلاَّ ضُعَفَاءُ النَّاسِ وَسَقَطُهُمْ. قَالَ اللَّهُ تَبَارَكَ وَتَعَالَى لِلْجَنَّةِ أَنْتِ رَحْمَتِي أَرْحَمُ بِكِ مَنْ أَشَاءُ مِنْ عِبَادِي. وَقَالَ لِلنَّارِ إِنَّمَا أَنْتِ عَذَابٌ أُعَذِّبُ بِكِ مَنْ أَشَاءُ مِنْ عِبَادِي. وَلِكُلِّ وَاحِدَةٍ مِنْهُمَا مِلْؤُهَا، فَأَمَّا النَّارُ فَلاَ تَمْتَلِئُ حَتَّى يَضَعَ رِجْلَهُ فَتَقُولُ قَطٍ قَطٍ قَطٍ. فَهُنَالِكَ تَمْتَلِئُ وَيُزْوَى بَعْضُهَا إِلَى بَعْضٍ، وَلاَ يَظْلِمُ اللَّهُ ـ عَزَّ وَجَلَّ ـ مِنْ خَلْقِهِ أَحَدًا، وَأَمَّا الْجَنَّةُ فَإِنَّ اللَّهَ عَزَّ وَجَلَّ يُنْشِئُ لَهَا خَلْقًا « 

« Le Paradis et l’Enfer se disputèrent. L’Enfer dit : On m’a réservé les orgueilleux et les tyrans. Le Paradis dit : Pourquoi n’entrent chez moi que les faibles et les humbles ? Allah dit au Paradis : Tu es Ma miséricorde ; par toi Je fais miséricorde à qui Je veux d’entre Mes serviteurs. Et Il dit à l’Enfer : Tu es Mon châtiment ; par toi Je châtie qui Je veux d’entre Mes serviteurs. Et à chacun de vous, son plein. Quant à l’Enfer, il ne sera rempli que lorsqu’Il y posera Son Pied ; alors il dira : Assez ! Assez ! Et il sera rempli, et ses parties se replieront les unes sur les autres. »

Al-Bukhârî (4850) et Muslim (2846), d’après Abû Hurayra

عَنْ أَبِي سَعِيدٍ الْخُدْرِيِّ، قَالَ قُلْنَا يَا رَسُولَ اللَّهِ هَلْ نَرَى رَبَّنَا يَوْمَ الْقِيَامَةِ قَالَ  » هَلْ تُضَارُونَ فِي رُؤْيَةِ الشَّمْسِ وَالْقَمَرِ إِذَا كَانَتْ صَحْوًا « . قُلْنَا لاَ. قَالَ  » فَإِنَّكُمْ لاَ تُضَارُونَ فِي رُؤْيَةِ رَبِّكُمْ يَوْمَئِذٍ، إِلاَّ كَمَا تُضَارُونَ فِي رُؤْيَتِهِمَا ـ ثُمَّ قَالَ ـ يُنَادِي مُنَادٍ لِيَذْهَبْ كُلُّ قَوْمٍ إِلَى مَا كَانُوا يَعْبُدُونَ. فَيَذْهَبُ أَصْحَابُ الصَّلِيبِ مَعَ صَلِيبِهِمْ، وَأَصْحَابُ الأَوْثَانِ مَعَ أَوْثَانِهِمْ، وَأَصْحَابُ كُلِّ آلِهَةٍ مَعَ آلِهَتِهِمْ حَتَّى يَبْقَى مَنْ كَانَ يَعْبُدُ اللَّهَ مِنْ بَرٍّ أَوْ فَاجِرٍ، وَغُبَّرَاتٌ مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ، ثُمَّ يُؤْتَى بِجَهَنَّمَ تُعْرَضُ كَأَنَّهَا سَرَابٌ فَيُقَالُ لِلْيَهُودِ مَا كُنْتُمْ تَعْبُدُونَ قَالُوا كُنَّا نَعْبُدُ عُزَيْرَ ابْنَ اللَّهِ. فَيُقَالُ كَذَبْتُمْ لَمْ يَكُنْ لِلَّهِ صَاحِبَةٌ وَلاَ وَلَدٌ فَمَا تُرِيدُونَ قَالُوا نُرِيدُ أَنْ تَسْقِيَنَا، فَيُقَالُ اشْرَبُوا فَيَتَسَاقَطُونَ فِي جَهَنَّمَ ثُمَّ يُقَالُ لِلنَّصَارَى مَا كُنْتُمْ تَعْبُدُونَ فَيَقُولُونَ كُنَّا نَعْبُدُ الْمَسِيحَ ابْنَ اللَّهِ. فَيُقَالُ كَذَبْتُمْ لَمْ يَكُنْ لِلَّهِ صَاحِبَةٌ وَلاَ وَلَدٌ … [texte abrégé]

« Puis on amènera le Pont et on le placera entre les deux rives de l’Enfer. » Nous demandâmes : « Ô Messager d’Allah, qu’est-ce que le Pont ? » Il dit : « Un lieu glissant, où l’on dérape ; il y a des crocs, des crochets et des épines recourbées, comme une plante du Najd que l’on appelle as-Sa‘dân, et dont nul ne connaît la taille sinon Allah. Le croyant le franchira comme un clin d’œil, comme l’éclair, comme le vent, comme l’oiseau, comme les meilleurs chevaux et les meilleures montures. Il y aura celui qui passe sain et sauf, celui qui passe égratigné, et celui qui est renversé dans le Feu de l’Enfer. »

Al-Bukhârî (7439) et Muslim (183), d’après Abû Sa‘îd — extrait

أَنَّ النَّاسَ قَالُوا يَا رَسُولَ اللَّهِ، هَلْ نَرَى رَبَّنَا يَوْمَ الْقِيَامَةِ قَالَ  » هَلْ تُمَارُونَ فِي الْقَمَرِ لَيْلَةَ الْبَدْرِ لَيْسَ دُونَهُ سَحَابٌ « . قَالُوا لاَ يَا رَسُولَ اللَّهِ. قَالَ  » فَهَلْ تُمَارُونَ فِي الشَّمْسِ لَيْسَ دُونَهَا سَحَابٌ « . قَالُوا لاَ. قَالَ  » فَإِنَّكُمْ تَرَوْنَهُ كَذَلِكَ، يُحْشَرُ النَّاسُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ، فَيَقُولُ مَنْ كَانَ يَعْبُدُ شَيْئًا فَلْيَتَّبِعْ. فَمِنْهُمْ مَنْ يَتَّبِعُ الشَّمْسَ، وَمِنْهُمْ مَنْ يَتَّبِعُ الْقَمَرَ وَمِنْهُمْ مَنْ يَتَّبِعُ الطَّوَاغِيتَ، وَتَبْقَى هَذِهِ الأُمَّةُ فِيهَا مُنَافِقُوهَا، فَيَأْتِيهِمُ اللَّهُ فَيَقُولُ أَنَا رَبُّكُمْ فَيَقُولُونَ هَذَا مَكَانُنَا حَتَّى يَأْتِيَنَا رَبُّنَا، فَإِذَا جَاءَ رَبُّنَا عَرَفْنَاهُ. فَيَأْتِيهِمُ اللَّهُ فَيَقُولُ أَنَا رَبُّكُمْ. فَيَقُولُونَ أَنْتَ رَبُّنَا. فَيَدْعُوهُمْ فَيُضْرَبُ الصِّرَاطُ بَيْنَ ظَهْرَانَىْ جَهَنَّمَ، فَأَكُونُ أَوَّلَ مَنْ يَجُوزُ مِنَ الرُّسُلِ بِأُمَّتِهِ، وَلاَ يَتَكَلَّمُ يَوْمَئِذٍ أَحَدٌ إِلاَّ الرُّسُلُ، وَكَلاَمُ الرُّسُلِ يَوْمَئِذٍ اللَّهُمَّ سَلِّمْ سَلِّمْ. وَفِي جَهَنَّمَ كَلاَلِيبُ مِثْلُ شَوْكِ السَّعْدَانِ، هَلْ رَأَيْتُمْ شَوْكَ السَّعْدَانِ « . قَالُوا نَعَمْ. قَالَ  » فَإِنَّهَا مِثْلُ شَوْكِ السَّعْدَانِ، غَيْرَ أَنَّهُ لاَ يَعْلَمُ قَدْرَ عِظَمِهَا إِلاَّ اللَّهُ، تَخْطَفُ النَّاسَ بِأَعْمَالِهِمْ، فَمِنْهُمْ مَنْ يُوبَقُ بِعَمَلِهِ، وَمِنْهُمْ مَنْ يُخَرْدَلُ ثُمَّ يَنْجُو، حَتَّى إِذَا أَرَادَ اللَّهُ رَحْمَةَ مَنْ أَرَادَ مِنْ أَهْلِ النَّارِ، أَمَرَ اللَّهُ الْمَلاَئِكَةَ أَنْ يُخْرِجُوا مَنْ كَانَ يَعْبُدُ اللَّهَ، فَيُخْرِجُونَهُمْ وَيَعْرِفُونَهُمْ بِآثَارِ السُّجُودِ، وَحَرَّمَ اللَّهُ عَلَى النَّارِ أَنْ تَأْكُلَ أَثَرَ السُّجُودِ فَيَخْرُجُونَ مِنَ النَّارِ، فَكُلُّ ابْنِ آدَمَ تَأْكُلُهُ النَّارُ إِلاَّ أَثَرَ السُّجُودِ، فَيَخْرُجُونَ مِنَ النَّارِ قَدِ امْتَحَشُوا … [texte abrégé]

« Nul ne parlera ce Jour-là hormis les messagers, et la parole des messagers ce Jour-là sera : Ô Allah, sauve, sauve. »

Al-Bukhârî (806) et Muslim (182), d’après Abû Hurayra ; Muslim (183), d’après Abû Sa‘îd

Abû Sa‘îd al-Khudrî dit : « Il m’est parvenu que le Pont est plus fin qu’un cheveu et plus tranchant qu’un sabre. »

Muslim (183) — parole d’Abû Sa‘îd rapportée dans le hadith, non parole du Prophète ﷺ. À citer comme telle.

أَنَّ النَّاسَ قَالُوا يَا رَسُولَ اللَّهِ، هَلْ نَرَى رَبَّنَا يَوْمَ الْقِيَامَةِ قَالَ  » هَلْ تُمَارُونَ فِي الْقَمَرِ لَيْلَةَ الْبَدْرِ لَيْسَ دُونَهُ سَحَابٌ « . قَالُوا لاَ يَا رَسُولَ اللَّهِ. قَالَ  » فَهَلْ تُمَارُونَ فِي الشَّمْسِ لَيْسَ دُونَهَا سَحَابٌ « . قَالُوا لاَ. قَالَ  » فَإِنَّكُمْ تَرَوْنَهُ كَذَلِكَ، يُحْشَرُ النَّاسُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ، فَيَقُولُ مَنْ كَانَ يَعْبُدُ شَيْئًا فَلْيَتَّبِعْ. فَمِنْهُمْ مَنْ يَتَّبِعُ الشَّمْسَ، وَمِنْهُمْ مَنْ يَتَّبِعُ الْقَمَرَ وَمِنْهُمْ مَنْ يَتَّبِعُ الطَّوَاغِيتَ، وَتَبْقَى هَذِهِ الأُمَّةُ فِيهَا مُنَافِقُوهَا، فَيَأْتِيهِمُ اللَّهُ فَيَقُولُ أَنَا رَبُّكُمْ فَيَقُولُونَ هَذَا مَكَانُنَا حَتَّى يَأْتِيَنَا رَبُّنَا، فَإِذَا جَاءَ رَبُّنَا عَرَفْنَاهُ. فَيَأْتِيهِمُ اللَّهُ فَيَقُولُ أَنَا رَبُّكُمْ. فَيَقُولُونَ أَنْتَ رَبُّنَا. فَيَدْعُوهُمْ فَيُضْرَبُ الصِّرَاطُ بَيْنَ ظَهْرَانَىْ جَهَنَّمَ، فَأَكُونُ أَوَّلَ مَنْ يَجُوزُ مِنَ الرُّسُلِ بِأُمَّتِهِ، وَلاَ يَتَكَلَّمُ يَوْمَئِذٍ أَحَدٌ إِلاَّ الرُّسُلُ، وَكَلاَمُ الرُّسُلِ يَوْمَئِذٍ اللَّهُمَّ سَلِّمْ سَلِّمْ. وَفِي جَهَنَّمَ كَلاَلِيبُ مِثْلُ شَوْكِ السَّعْدَانِ، هَلْ رَأَيْتُمْ شَوْكَ السَّعْدَانِ « . قَالُوا نَعَمْ. قَالَ  » فَإِنَّهَا مِثْلُ شَوْكِ السَّعْدَانِ، غَيْرَ أَنَّهُ لاَ يَعْلَمُ قَدْرَ عِظَمِهَا إِلاَّ اللَّهُ، تَخْطَفُ النَّاسَ بِأَعْمَالِهِمْ، فَمِنْهُمْ مَنْ يُوبَقُ بِعَمَلِهِ، وَمِنْهُمْ مَنْ يُخَرْدَلُ ثُمَّ يَنْجُو، حَتَّى إِذَا أَرَادَ اللَّهُ رَحْمَةَ مَنْ أَرَادَ مِنْ أَهْلِ النَّارِ، أَمَرَ اللَّهُ الْمَلاَئِكَةَ أَنْ يُخْرِجُوا مَنْ كَانَ يَعْبُدُ اللَّهَ، فَيُخْرِجُونَهُمْ وَيَعْرِفُونَهُمْ بِآثَارِ السُّجُودِ، وَحَرَّمَ اللَّهُ عَلَى النَّارِ أَنْ تَأْكُلَ أَثَرَ السُّجُودِ فَيَخْرُجُونَ مِنَ النَّارِ، فَكُلُّ ابْنِ آدَمَ تَأْكُلُهُ النَّارُ إِلاَّ أَثَرَ السُّجُودِ، فَيَخْرُجُونَ مِنَ النَّارِ قَدِ امْتَحَشُوا … [texte abrégé]

« Le Pont sera tendu entre les deux rives de l’Enfer, et je serai, moi et ma communauté, les premiers à le franchir. »

Al-Bukhârî (806) et Muslim (182), d’après Abû Hurayra

Note : « Premiers » au sens de l’ordre des communautés : cette communauté passe avant les autres, comme elle est jugée avant elles (Ibn Hajar, Fath al-Bârî, sur 806, citant al-Bukhârî 876 : « nous sommes les derniers, et les premiers au Jour de la Résurrection »).

عَنْ أَبِي سَعِيدٍ الْخُدْرِيِّ ـ رضى الله عنه ـ عَنْ رَسُولِ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » إِذَا خَلَصَ الْمُؤْمِنُونَ مِنَ النَّارِ حُبِسُوا بِقَنْطَرَةٍ بَيْنَ الْجَنَّةِ وَالنَّارِ، فَيَتَقَاصُّونَ مَظَالِمَ كَانَتْ بَيْنَهُمْ فِي الدُّنْيَا، حَتَّى إِذَا نُقُّوا وَهُذِّبُوا أُذِنَ لَهُمْ بِدُخُولِ الْجَنَّةِ، فَوَالَّذِي نَفْسُ مُحَمَّدٍ صلى الله عليه وسلم بِيَدِهِ لأَحَدُهُمْ بِمَسْكَنِهِ فِي الْجَنَّةِ أَدَلُّ بِمَنْزِلِهِ كَانَ فِي الدُّنْيَا  » . وَقَالَ يُونُسُ بْنُ مُحَمَّدٍ حَدَّثَنَا شَيْبَانُ عَنْ قَتَادَةَ حَدَّثَنَا أَبُو الْمُتَوَكِّلِ

« Les croyants seront délivrés du Feu, puis retenus sur une passerelle (qantara) entre le Paradis et l’Enfer ; on réglera entre eux les injustices qu’ils se sont faites ici-bas, jusqu’à ce qu’ils soient purifiés et épurés ; alors on leur permettra d’entrer au Paradis. Par Celui qui tient l’âme de Muhammad en Sa main, l’un d’eux connaîtra mieux sa demeure au Paradis qu’il ne connaissait sa demeure ici-bas. »

Al-Bukhârî (2440, 6535), d’après Abû Sa‘îd

Sur le verset « leur lumière courant devant eux », Ibn Mas‘ûd dit : on leur donnera de la lumière selon leurs œuvres ; il y en aura dont la lumière sera comme une montagne, d’autres comme un palmier, d’autres comme un homme debout ; et le plus faible aura une lumière sur son gros orteil, qui s’allumera et s’éteindra.

At-Tabarî et Ibn Abî Hâtim, cité par Ibn Kathîr (Tafsîr, 57:12) — athar de Compagnon

La lecture des savants

At-Tahâwî : « Le Pont est une vérité. » Ibn Abî al-‘Izz (Sharh at-Tahâwiyya, article sur le Pont) explique que le Pont est un pont réel tendu au-dessus de l’Enfer, que les hommes franchissent selon leurs œuvres, et il rassemble les descriptions des hadiths : glissant, hérissé de crochets, franchi à des vitesses différentes ; il rappelle que la formule « plus fin qu’un cheveu et plus tranchant qu’un sabre » est une parole d’Abû Sa‘îd. Al-Qurtubî (at-Tadhkira, chapitre sur le Pont) décrit trois sorts, sauvé, égratigné puis relâché, précipité, et note que les crochets « saisissent les gens selon leurs œuvres », ce qui fait du Pont une pesée en mouvement. Ibn Kathîr (an-Nihâya) distingue soigneusement le Pont et la passerelle. Sur 19:71, voir la note du verset : les deux lectures anciennes restent visibles.

Ce que les textes ne disent pas

  • La longueur du Pont et la durée de la traversée pour les uns et les autres, au-delà des comparaisons du hadith.
  • La taille des crochets : « nul ne la connaît sinon Allah », dit le hadith lui-même.
  • Le nombre des anges au total : le hadith donne les brides et les anges par bride, pas le total.
Pour le récit — L’Enfer entre en scène avant qu’on le voie, par le son : le grondement, le mugissement, le bouillonnement, puis les brides. Filmer ensuite le Pont depuis le dessus : la foule qui s’engage, les vitesses différentes, les crochets, les messagers qui murmurent la même invocation. Attribuer à Abû Sa‘îd, en une incise, « plus fin qu’un cheveu ». Terminer sur la passerelle des rescapés, pour laisser une porte ouverte avant de descendre dans le Feu.

Transition — Ceux qui sont tombés ne remontent pas. Ce qui les attend porte plusieurs noms, et chacun de ces noms dit quelque chose. → étape suivante