Masjid et imam : la mosquée et celui qui dirige la prière

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

مَسْجِد · إِمَام

Masjid · imâm

Prononciation : mas-jid · i-mâm

Le lieu de prosternation ; celui qui se tient devant

Racineس ج د (s-j-d)se prosterner ; masjid est le nom de lieu : là où l’on se prosterne
Racineأ م م (’-m-m)être devant, viser ; de là imâm, le guide, et umma, la communauté
En bref

La mosquée n’est pas un temple : c’est un lieu de prosternation, et toute la terre en est un. L’imâm n’est pas un prêtre : c’est celui qui se tient devant pour que les autres suivent. Il n’y a pas de clergé en islam ; il y a des lieux, des rangs, et un homme qui donne le rythme.

La langue : le lieu de la prosternation, celui qui est devant

Masjid est le nom de lieu de la racine s-j-d : l’endroit où l’on se prosterne. Le mot dit la fonction, non le bâtiment : « Toute la terre a été faite pour moi mosquée et moyen de purification » (al-Bukhârî et Muslim). Un musulman peut prier dans un champ, un bureau, un couloir ; la mosquée est simplement le lieu que la communauté réserve à cela. Le mot français « mosquée » vient de l’espagnol mezquita, lui-même de masjid.

Imâm, de la racine ’-m-m, désigne celui qui est devant et que l’on suit — dans la prière, mais aussi dans la science (on dit « l’imâm Mâlik »), et dans le gouvernement (l’imâm des musulmans, le calife). De la même racine vient umma, la communauté qui suit un même guide. Dans la mosquée, l’imâm est celui qui dirige la prière : rien de plus, rien de moins.

Dans le Coran

  • « Les mosquées sont à Allah : n’y invoquez donc personne avec Allah » (72, 18).
  • « Ne fréquentent les mosquées d’Allah que ceux qui croient en Allah et au Jour dernier, accomplissent la prière, donnent la zakât et ne craignent qu’Allah » (9, 18).
  • « Dans des maisons qu’Allah a permis d’élever et où Son nom est rappelé, Le glorifient matin et soir des hommes que ni commerce ni négoce ne distraient du rappel d’Allah » (24, 36-37).
  • La première mosquée : « La première Maison établie pour les gens est celle de Bakka (La Mecque), bénie et guidée pour les mondes » (3, 96). Puis la Mosquée al-Aqsâ à Jérusalem ; puis, quarante ans plus tard selon le hadith d’Abû Dharr (al-Bukhârî et Muslim).

Dans la Sunna : la mosquée

  • « Les lieux les plus aimés d’Allah sont les mosquées, et les plus détestés sont les marchés » (Muslim).
  • « Celui qui bâtit une mosquée pour Allah, Allah lui bâtit une maison au Paradis » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Sept personnes seront à l’ombre d’Allah le jour où il n’y aura d’ombre que la Sienne… et un homme dont le cœur est attaché aux mosquées » (al-Bukhârî et Muslim).
  • En y entrant, on avance le pied droit et l’on dit : « Ô Allah, ouvre-moi les portes de Ta miséricorde » ; en sortant : « Ô Allah, je Te demande de Ta grâce » (Muslim). On y prie deux unités avant de s’asseoir, la salutation de la mosquée (al-Bukhârî et Muslim).
  • On ne vend ni n’achète dans la mosquée (al-Tirmidhî), on n’y cherche pas d’objet perdu (Muslim), on n’y élève pas la voix, on n’y entre pas après avoir mangé de l’ail ou de l’oignon crus (al-Bukhârî et Muslim), et l’on y vient propre et bien vêtu : « Ô enfants d’Adam, portez votre parure dans chaque mosquée » (7, 31).
  • La première mosquée de Médine, Qubâ’, fut bâtie par le Prophète ﷺ de ses mains ; la sienne, à Médine, était de terre et de troncs de palmiers, et elle servait de lieu de prière, d’école, de tribunal, d’accueil des délégations et des pauvres.

Dans la Sunna : l’imâm

  • « Dirige la prière celui d’entre eux qui connaît le mieux le Coran ; s’ils sont égaux, le plus savant de la Sunna ; s’ils sont égaux, celui qui a émigré le premier ; s’ils sont égaux, le plus âgé » (Muslim, d’après Abû Mas’ûd).
  • « L’imâm est un garant, et le muezzin est un dépositaire » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî).
  • « L’imâm n’est établi que pour être suivi : quand il dit Allâhu akbar, dites-le ; quand il s’incline, inclinez-vous ; ne vous inclinez pas avant lui » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Quand l’un de vous dirige la prière, qu’il allège, car il y a parmi eux le faible, le malade et le vieillard ; et quand il prie seul, qu’il allonge autant qu’il veut » (al-Bukhârî et Muslim).
  • Abû Bakr fut l’imâm désigné par le Prophète ﷺ dans sa dernière maladie (al-Bukhârî et Muslim) ; ’Amr ibn Salima, un enfant de sept ans qui connaissait le plus de Coran, dirigea la prière de sa tribu (al-Bukhârî).

Ce qu’en disent les savants

Il n’y a pas de clergé en islam. L’imâm de la mosquée n’a ni pouvoir sacramentel ni intermédiaire à jouer : tout musulman qui sait réciter peut diriger la prière, et le père de famille est l’imâm des siens. Le savant (’âlim) et le mufti sont d’autres fonctions, fondées sur la science ; on ne s’adresse pas à l’imâm pour obtenir un pardon, mais pour apprendre. Les juristes précisent qui ne doit pas diriger : celui dont la récitation est fautive, celui qui est détesté à juste titre par ceux qu’il dirige (Abû Dâwûd), et ils discutent du cas de l’innovateur et du pécheur notoire.

La mosquée, elle, est une fondation pieuse (waqf) : elle appartient à Allah et non à ceux qui l’ont bâtie ; on n’en vend pas le sol, on ne la ferme pas aux musulmans, et son entretien est une responsabilité de la communauté. Les savants réprouvent qu’on la décore de manière excessive, en s’appuyant sur le hadith : « L’Heure ne viendra pas avant que les gens ne rivalisent dans la construction des mosquées » (Abû Dâwûd).

Sources

Coran : 3, 96 ; 7, 31 ; 9, 18 ; 24, 36-37 ; 72, 18. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (toute la terre est mosquée ; bâtir une mosquée ; les sept à l’ombre ; la salutation de la mosquée ; l’imâm est suivi ; alléger la prière ; Abû Bakr désigné ; Abû Dharr et la première mosquée) ; Muslim (les lieux aimés ; entrer et sortir ; qui dirige ; l’objet perdu) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (le garant ; le commerce ; la rivalité dans les constructions) ; al-Bukhârî (’Amr ibn Salima). Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; al-Nawawî, al-Majmû’ (l’imâmat de la prière) ; Ibn Rushd, Bidâyat al-mujtahid.