Djoumou’a : le vendredi et sa prière

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

الجُمُعَة

Al-jumu’a

Prononciation : al-jou-mou-’a

Le jour du rassemblement, et la prière qui le marque

Racineج م ع (j-m-’)rassembler, réunir ; de là jamâ’a, le groupe, et jâmi’, la grande mosquée
En bref

Le meilleur jour de la semaine, celui où Adam fut créé, et le jour de l’Heure. À midi, les hommes se rassemblent pour un sermon et une prière de deux unités qui remplace celle de midi. Une heure de ce jour est telle qu’aucune invocation n’y est refusée.

La langue : le jour où l’on se réunit

Avant l’islam, les Arabes appelaient ce jour al-’arûba. Le nom jumu’a, de la racine j-m-’, rassembler, lui vint parce que les musulmans s’y réunissent pour la prière ; certains ajoutent qu’Adam y fut « rassemblé », c’est-à-dire achevé dans sa création. De la même racine viennent jamâ’a, le groupe, et jâmi’, la mosquée du vendredi. Ka’b ibn Lu’ayy, un ancêtre du Prophète ﷺ, aurait été le premier à l’appeler ainsi, parce qu’il y réunissait les Qurayshites.

Dans le Coran

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا نُودِيَ لِلصَّلَاةِ مِن يَوْمِ الْجُمُعَةِ فَاسْعَوْا إِلَىٰ ذِكْرِ اللَّهِ وَذَرُوا الْبَيْعَ ۚ ذَٰلِكُمْ خَيْرٌ لَّكُمْ إِن كُنتُمْ تَعْلَمُونَ

Yâ ayyuha-l-ladhîna âmanû idhâ nûdiya li-s-salâti min yawmi-l-jumu’ati fa-s’aw ilâ dhikri-Llâhi wa dharu-l-bay’, dhâlikum khayrun lakum in kuntum ta’lamûn.

« Ô vous qui croyez, quand on appelle à la prière du vendredi, accourez au rappel d’Allah et laissez le négoce : c’est meilleur pour vous, si vous saviez » (62, 9).

La sourate porte le nom du jour. Le verset suivant ajoute : « Puis, quand la prière est achevée, dispersez-vous sur la terre et recherchez la grâce d’Allah » (62, 10) : l’islam n’a pas de jour chômé obligatoire ; il a une heure où tout s’arrête.

Dans la Sunna : le meilleur des jours

  • « Le meilleur jour sur lequel le soleil se lève est le vendredi : Adam y fut créé, il y entra au Paradis, il en fut expulsé, et l’Heure ne viendra pas un autre jour » (Muslim, d’après Abû Hurayra).
  • « Il y a, le vendredi, une heure où le serviteur musulman, debout en prière, ne demande rien à Allah sans qu’Il le lui accorde » — et il fit signe de sa main qu’elle est brève (al-Bukhârî et Muslim). Les savants la situent le plus souvent entre le moment où l’imâm s’assied et la fin de la prière, ou dans la dernière heure avant le coucher du soleil.
  • « Celui qui fait le grand lavage le vendredi, puis se rend à la prière dès la première heure, c’est comme s’il avait offert un chameau ; à la deuxième, une vache ; à la troisième, un bélier ; à la quatrième, une poule ; à la cinquième, un œuf. Quand l’imâm sort, les anges viennent écouter le rappel » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Celui qui fait ses ablutions avec soin, puis vient au vendredi, écoute et se tait, ce qui est entre ce vendredi et l’autre lui est pardonné, avec trois jours de plus » (Muslim).
  • « Si tu dis à ton compagnon : tais-toi, pendant que l’imâm prêche, tu as parlé en vain » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Celui qui délaisse trois vendredis par négligence, Allah scelle son cœur » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî, al-Nasâ’î).
  • Ce jour-là, on multiplie la prière sur le Prophète ﷺ (Abû Dâwûd), et il est rapporté que la lecture de la sourate de la Caverne y est une lumière d’un vendredi à l’autre (al-Hâkim, al-Bayhaqî).

Ce qu’en disent les savants

  • La prière du vendredi est une obligation individuelle pour tout homme musulman, pubère, libre, résident, sans excuse ; elle n’est pas obligatoire pour la femme, le voyageur, le malade, mais elle est valable pour eux s’ils y assistent, et elle dispense alors de la prière de midi.
  • Elle se compose d’un sermon en deux parties, prononcé debout, que l’on écoute en silence, puis de deux unités à voix haute. Le sermon en est une condition selon la plupart des juristes.
  • Elle exige un groupe : douze hommes au moins selon Mâlik, quarante selon al-Shâfi’î et Ahmad, trois selon Abû Hanîfa ; et un lieu de résidence stable — ville ou village — selon la plupart.
  • Les sunnas du jour : le grand lavage, les beaux vêtements, le parfum, le siwâk, venir tôt, ne pas enjamber les gens, prier ce qu’Allah accorde avant l’entrée de l’imâm.
  • En France, celui que son travail empêche fait ce qu’il peut : demander l’heure, la rattraper sur ses pauses, et sinon prier la prière de midi ; les savants rappellent que l’obligation tombe devant une contrainte réelle, non devant une gêne.

Sources

Coran : 62, 9-11. Hadith : Muslim (le meilleur jour ; le pardon d’un vendredi à l’autre) ; al-Bukhârî et Muslim (l’heure de l’exaucement ; le chameau et la vache ; « tais-toi ») ; Abû Dâwûd, al-Tirmidhî, al-Nasâ’î (les trois vendredis) ; Abû Dâwûd (la prière sur le Prophète ﷺ) ; al-Hâkim et al-Bayhaqî (la sourate de la Caverne). Langue et histoire : Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab ; Ibn Hajar, Fath al-bârî, livre du vendredi. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; Ibn Rushd, Bidâyat al-mujtahid (les conditions du vendredi).