الإِسْلَام · الإِيمَان · الإِحْسَان
Al-islâm · al-îmân · al-ihsân
Prononciation : al-is-lâm · al-î-mân · al-ih-sân
La soumission, la foi, l’excellence
Trois mots, trois degrés, enseignés en une seule fois par l’ange Gabriel venu interroger le Prophète ﷺ devant ses Compagnons : les actes, la croyance du cœur, et la manière de les vivre sous le regard d’Allah.
Le hadith de Gabriel
’Umar ibn al-Khattâb raconte : un homme aux vêtements très blancs, aux cheveux très noirs, que personne ne connaissait et sur qui l’on ne voyait aucune trace de voyage, vint s’asseoir devant le Prophète ﷺ, genoux contre genoux, et lui demanda :
- « Informe-moi de l’islam. — C’est d’attester qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah, d’accomplir la prière, de verser la zakât, de jeûner le Ramadan et de faire le pèlerinage de la Maison si tu en as les moyens. »
- « Informe-moi de l’îmân. — C’est de croire en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, au Jour dernier, et de croire au destin, en son bien et en son mal. »
- « Informe-moi de l’ihsân. — C’est d’adorer Allah comme si tu Le voyais ; car si tu ne Le vois pas, Lui te voit. »
Puis l’homme l’interrogea sur l’Heure et ses signes, et s’en alla. Le Prophète ﷺ dit alors : « C’était Gabriel, venu vous enseigner votre religion » (Muslim, d’après ’Umar). Les savants appellent ce récit « la mère de la Sunna », parce qu’il contient la religion entière.
La langue : trois mots, trois mouvements
- Islâm, de la racine s-l-m : se remettre, se rendre, s’en remettre entièrement — et par là être sauf. L’islam est donc d’abord le geste extérieur de la soumission : les actes, les piliers.
- Îmân, de la racine ’-m-n : la sécurité et la confiance. Croire, en arabe, c’est tenir pour sûr et confier. De la même racine viennent amâna, le dépôt confié, et âmîn.
- Ihsân, de la racine h-s-n : la beauté, la bonté, la perfection d’une chose. Ce n’est pas une adoration de plus : c’est la manière d’accomplir toutes les autres.
Ce qu’en disent les savants : quand les mots se séparent
Les savants ont posé une règle célèbre au sujet de ces mots : quand ils sont réunis, ils se distinguent ; quand ils sont employés séparément, ils se rejoignent. Autrement dit : dans le hadith de Gabriel, où les trois apparaissent ensemble, chacun désigne un degré précis ; mais quand le Coran dit « la religion auprès d’Allah est l’islam » (3, 19), le mot englobe la foi du cœur et l’excellence. Ibn Rajab développe cette règle dans son commentaire des quarante hadiths d’al-Nawawî.
Le Coran lui-même distingue les deux quand il le faut : « Les Bédouins ont dit : nous avons la foi. Dis : vous n’avez pas encore la foi ; dites plutôt : nous nous sommes soumis, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs » (49, 14). L’islam peut être visible sans que la foi soit accomplie ; et la foi, dans la Sunna, « comporte soixante-dix et quelques branches, la plus haute étant lâ ilâha illa-Llâh, la plus basse d’ôter du chemin ce qui nuit ; et la pudeur est une branche de la foi » (al-Bukhârî et Muslim).
De là aussi le principe sunnite que la foi augmente par l’obéissance et diminue par la désobéissance : « … afin qu’ils ajoutent une foi à leur foi » (48, 4).
L’ihsân, ou la présence
La définition donnée par le Prophète ﷺ décrit deux états : celui qui adore comme s’il voyait Allah, et, à défaut, celui qui se sait vu. Le premier est le degré de la contemplation, le second celui de la vigilance — et il est à la portée de tous : il suffit de se rappeler qu’aucun instant n’échappe à Son regard.
Le mot revient partout dans les textes : « Allah a prescrit l’excellence en toute chose : si vous tuez (une bête), tuez de belle manière ; si vous égorgez, égorgez de belle manière » (Muslim). L’ihsân n’est donc pas réservé au culte : il est la qualité d’un travail bien fait, d’une parole mesurée, d’un traitement juste.
Sources
Coran : 3, 19 ; 48, 4 ; 49, 14. Hadith : Muslim (le hadith de Gabriel ; l’excellence en toute chose) ; al-Bukhârî et Muslim (les branches de la foi). Commentaires : al-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim et al-Arba’ûn ; Ibn Rajab al-Hanbalî, Jâmi’ al-’ulûm wa-l-hikam, commentaire du deuxième hadith ; Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla.