IV. Hâjar, la course d’une mère

LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM · DOSSIER 5 · LE PÈLERINAGE · VOLET 1 · LE VOYAGEIV. Hâjar, la course d’une mèreLe mémorial vivant — et ZamzamCHAPITRE 4 SUR 19

Volet 1 · Le voyage · chapitre 4 sur 19

Voici la clef qui transforme le hajj d’une suite d’énigmes en un récit : chaque rite du pèlerinage rejoue un geste d’une seule famille — Ibrâhîm, sa servante devenue épouse Hâjar, et leur fils Ismâ’îl. Qui ne connaît pas leur histoire tourne, court et lapide sans savoir pourquoi ; qui la connaît marche dans des empreintes. Racontons-la donc, aux sources.

Hâjar : la course d’une mère — et Zamzam

« Ibrâhîm amena Hâjar et son fils Ismâ’îl, qu’elle allaitait encore, et les installa près de l’emplacement de la Maison, sous un grand arbre, au-dessus de Zamzam — nul n’habitait alors La Mecque, et il n’y avait pas d’eau. Il les y laissa, avec une outre de dattes et une outre d’eau, puis s’en retourna. La mère d’Ismâ’îl le suivit : Ô Ibrâhîm, où vas-tu, nous laissant dans cette vallée où il n’est personne et rien ? Elle le répéta ; il ne se retournait pas. Elle dit alors : est-ce Allah qui te l’a ordonné ? Il dit : oui. Elle dit : alors Il ne nous abandonnera pas — et elle s’en retourna. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3364), d’après Ibn ‘Abbâs — début du long récit

Est-ce Allah qui te l’a ordonné ? — Oui. — Alors Il ne nous abandonnera pas. Trois répliques, et l’un des sommets de la confiance de toute l’histoire humaine : une femme seule, un nourrisson, un désert, une outre — et un tawakkul de granit. La suite du récit : l’eau épuisée, l’enfant qui se tord de soif, la mère qui gravit as-Safâ, scrute l’horizon, redescend, court dans le creux de la vallée, gravit al-Marwa, scrute — sept fois ; alors l’ange frappe le sol près de l’enfant, et l’eau jaillit — Zamzam, qui coule encore, que boivent chaque année des millions. Et le Prophète scelle le récit d’une phrase qui explique un rite entier : c’est pour cela que les gens accomplissent la course entre elles. Le sa’y — les sept allers entre Safâ et Marwa — n’est rien d’autre que la course de Hâjar, refaite pas pour pas :

« Le rite d’As-Safâ et Al-Marwah appartient assurément au culte institué par Allah. Quiconque se rend au Sanctuaire pour accomplir le grand ou le petit pèlerinage ne commet donc aucun péché s’il effectue entre ces deux monticules le va-et-vient rituel. Que celui qui accomplit volontairement une bonne œuvre sache qu’Allah est Très Reconnaissant et Omniscient »

Coran 2:158

Pesez ce que ce rite proclame : Allah a éternisé les allées et venues d’une servante — non un triomphe de roi, non une bataille : la panique maîtrisée d’une mère qui cherche de l’eau en s’en remettant à son Seigneur. Chaque année, des chefs d’État, des savants, des milliardaires courent où elle a couru, parce qu’elle a couru — nulle religion n’a fait plus grand honneur à une femme, ni plus claire leçon sur ce qui compte : le geste conservé n’est pas le geste du puissant, c’est le geste du tawakkul.