Volet 1 · Le voyage · chapitre 3 sur 19
La première maison établie pour les hommes
« Le premier temple établi pour les hommes est celui de Baca, sanctuaire béni et sûre direction pour les hommes »
Coran 3:96
« Nous avons fait du Sanctuaire un havre de paix où convergent inlassablement les hommes auxquels Nous avons dit : « Adoptez la station d’Abraham comme lieu de prière. » Nous avons ordonné à Abraham et Ismaël de faire de Mon sanctuaire un lieu saint exclusivement réservé à ceux qui viennent y accomplir les circuits rituels, y faire une retraite, s’y incliner et s’y prosterner en prière »
Coran 2:125
Le premier sanctuaire établi pour les hommes est celui de Bakka — béni et guidance pour les univers : la Ka’ba est, de déclaration divine, le plus ancien lieu de culte de l’humanité — antérieur au Temple de Jérusalem, dont quarante ans le séparent selon le hadith (Al-Bukhârî n° 3366). Et le verset 2:125 en donne le statut permanent : un lieu de retour et de sécurité pour les hommes — mathâba : le lieu où l’on revient sans jamais s’en rassasier, comme l’éprouve tout pèlerin qui pleure en la quittant ; et la station d’Ibrâhîm — la pierre où il se tenait pour bâtir — désignée comme lieu de prière : le chantier même est devenu rite.
Le cube vide : l’anti-idole
« Nous avons, en effet, désigné à Abraham l’emplacement de la Demeure sacrée en lui ordonnant de la bâtir à Notre seule gloire et d’en faire un sanctuaire préservé de toute idolâtrie et réservé exclusivement à ceux qui viendront y accomplir les circuits rituels, s’y tenir debout, s’y incliner et s’y prosterner en prière »
Coran 22:26
« en vouant un culte exclusif au Seigneur de cette Demeure »
Coran 106:3
Mais qu’est-ce que la Ka’ba, au juste ? Ici, le premier dossier de la série doit revenir en mémoire, car le malentendu rôde : les musulmans adoreraient une pierre noire, tourneraient autour d’une idole. La réponse est dans le cahier des charges divin de la construction : ne M’associe rien, et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent, se tiennent debout, s’inclinent et se prosternent — la Maison fut commandée comme sanctuaire de l’anti-idolâtrie : un cube vide, sans statue, sans image, sans relique adorée — le vide le plus célèbre du monde, précisément pour que nul objet n’y capte le culte ; on ne prie pas la Ka’ba, on prie vers elle — le Seigneur de cette Maison (106:3), non la maison, reçoit le culte : l’orientation est une obéissance, pas une géographie du divin. Et le rite le plus exposé au malentendu — le baiser de la pierre noire — a reçu son antidote de la bouche même de ‘Umar, au moment de l’accomplir :
« Je sais, certes, que tu n’es qu’une pierre — tu ne nuis ni ne profites. Si je n’avais vu le Messager d’Allah t’embrasser, je ne t’aurais pas embrassée. »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 1597) et Muslim (n° 1270), d’après ‘Umar ibn al-Khattâb
Tout le tawhîd tient dans cette phrase prononcée face à la pierre : le geste est une obéissance au Messager, pas un culte du minéral — ‘Umar a verrouillé, pour quatorze siècles, l’interprétation du rite. La Ka’ba est un point de ralliement assigné, non un objet de culte : le premier dossier appelait cela la qibla — l’unité d’orientation commandée ; le hajj en est la version physique : les cercles concentriques du monde entier resserrés jusqu’au contact.
Le sanctuaire et sa sécurité : la prière d’Ibrâhîm exaucée
« Seigneur ! J’ai établi une partie de mes descendants dans une vallée aride auprès de Ton sanctuaire afin, Seigneur, qu’ils accomplissent assidûment la prière. Dispose en leur faveur les cœurs d’une partie des hommes et dispense-leur toutes sortes de fruits, en espérant qu’ils Te seront reconnaissants »
Coran 14:37
« Les impies disent : « Si nous suivons ta voie, nous serons arrachés à notre terre. » Ne les avons-Nous pas établis dans un sanctuaire où ils vivent en toute sécurité et où, par un effet de Notre grâce, sont acheminés divers fruits en provenance de tous les pays ? La plupart d’entre eux, cependant, n’en sont pas conscients »
Coran 28:57
Reste le prodige géographique, annoncé et vérifiable : une vallée sans culture — ni eau, ni champ, ni route commerciale propre — devenue, par la seule prière d’Ibrâhîm, l’un des lieux les plus approvisionnés et les plus visités de la terre : Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée aride, près de Ta Maison sacrée… fais que les cœurs d’une partie des hommes penchent vers eux, et accorde-leur des fruits. Le verset 28:57 constate l’exaucement : un sanctuaire sûr où sont acheminés les fruits de toute chose — et 29:67 le brandit comme signe : autour d’eux on enlève les gens, et eux vivent en sécurité. Quatre mille ans après la prière, les fruits de toute la terre remplissent les marchés d’une vallée qui n’a jamais rien produit, et des millions y circulent en paix : le pèlerin qui mange une datte à La Mecque consomme l’exaucement d’une invocation — qu’il le sache, et la datte change de goût.