XIV. Quand Ramadan s’en va — Shawwâl, les signes et le miroir — Le jeûne de Ramadan (dossier 4/5)

SÉRIE « LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM » · DOSSIER 4 SUR 5 · LE JEÛNE DE RAMADANXIV. Quand Ramadan s’en vaShawwâl, les signes et le miroirCHAPITRE 14 SUR 15

Le jeûne de Ramadan · sommaire  ·  Chapitre 14 sur 15

Les dernières heures du mois portent une étrange tristesse. Celui qui avait attendu Ramadan finit par redouter son départ. Les dernières ruptures arrivent, les dernières nuits passent, les dernières invocations sont prononcées — puis le croissant de Shawwâl apparaît. Et le croyant comprend quelque chose : Ramadan n’était pas venu pour qu’il aime Ramadan. Ramadan était venu pour qu’il aime davantage Allah. Le mois devait être un moyen ; le Seigneur était la finalité.

Le diplôme n’est pas l’Aïd

L’Aïd est une joie légitime, voulue par la Loi. Mais il ne doit pas signifier « Ramadan est fini, retour à la vie normale ».

مَنْ صَامَ رَمَضَانَ ثُمَّ أَتْبَعَهُ سِتًّا مِنْ شَوَّالٍ كَانَ كَصِيَامِ الدَّهْرِ

« Quiconque jeûne Ramadan puis le fait suivre de six jours de Shawwâl, c’est comme s’il avait jeûné toute l’année. »

Rapporté par Muslim (n° 1164)

La leçon dépasse ces six jours. Elle est dans le mot « suivre ». Une bonne œuvre en suit une autre. La prière de Ramadan est suivie par la prière après Ramadan. Le Coran de Ramadan est suivi par le Coran après Ramadan. L’aumône de Ramadan est suivie par l’aumône après Ramadan. Le croyant ne dit pas « le Seigneur de Ramadan était là pendant Ramadan » ; il sait que le Seigneur de Ramadan est le Seigneur de tous les mois.

Le signe d’un Ramadan accepté

Ibn Rajab rapporte le principe des anciens : le signe de l’acceptation d’une bonne œuvre est qu’elle soit suivie d’une autre bonne œuvre ; et le signe de son rejet, qu’elle soit suivie d’un péché. Il existe donc un signe plus profond que la fatigue, plus profond que les photos de repas, plus profond que les nuits passées à la mosquée, plus profond même que l’émotion des dix dernières nuits : c’est ce qui reste après.

  • Si ta prière reste.
  • Si ton Coran reste.
  • Si ta langue reste plus propre.
  • Si ta colère reste plus rare.
  • Si ta main continue de donner.
  • Si ton regard reste plus pudique.
  • Si tu continues à jeûner parfois — le lundi, le jeudi, les jours blancs.
  • Si tu continues à invoquer, et à te repentir.

Alors Ramadan n’est pas terminé. Il a commencé à vivre en toi.

Ramadan ne demande pas « qu’as-tu accompli ? »

Il demande : « qui es-tu devenu ? » Tu as peut-être terminé le Coran — mais as-tu appris à parler autrement ? Tu as peut-être prié toutes les nuits — mais es-tu devenu plus doux ? Tu as peut-être donné beaucoup — mais ton cœur est-il devenu plus généreux ? Tu as peut-être eu faim trente jours — mais as-tu appris à maîtriser tes passions ? Tu as peut-être pleuré une nuit — mais as-tu changé quelque chose le lendemain ?

Le compteur des pages est important ; le compteur des prières est important ; le compteur des aumônes est important. Mais derrière tous ces nombres se trouve une question qu’aucun compteur ne mesure : le cœur est-il devenu meilleur ?

Le miroir — une question à chaque croyant

À la fin du mois, chacun devrait pouvoir se demander

Ai-je seulement eu faim — ou ai-je appris la maîtrise ? Ai-je seulement diminué ma nourriture — ou ai-je diminué mes péchés ? Ai-je seulement lu le Coran — ou le Coran m’a-t-il lu, jugé et transformé ? Ai-je seulement veillé — ou ai-je réellement rencontré Allah dans mes nuits ? Ai-je seulement préparé des repas — ou ai-je nourri quelqu’un qui en avait besoin ? Ai-je seulement attendu l’Aïd — ou ai-je cherché la Nuit du Destin ? Ai-je seulement changé mon emploi du temps — ou ai-je changé mes priorités ? Ai-je seulement terminé Ramadan — ou Ramadan a-t-il commencé à terminer certaines mauvaises habitudes en moi ?

Voilà le miroir. Il n’est pas là pour désespérer ; il est là pour réveiller.

Ce que l’on garde

Lorsque Ramadan part, le croyant ne doit pas perdre ce qu’il avait trouvé. Il garde le Coran. Il garde la prière. Il garde la pudeur. Il garde la générosité. Il garde la repentance. Il garde la faim volontaire occasionnelle. Il garde la maîtrise. Il garde surtout cette conscience nouvelle :

Allah était avec moi lorsque personne ne me voyait boire. Allah était avec moi lorsque personne ne voyait mes larmes. Allah était avec moi lorsque je résistais à mon désir. Allah était avec moi lorsque je me suis prosterné seul. Allah était avec moi dans chaque nuit de Ramadan. Et Allah ne disparaît pas lorsque Ramadan disparaît.

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