II. La prescription et sa finalité — « afin que vous atteigniez la taqwâ » — Le jeûne de Ramadan (dossier 4/5)

SÉRIE « LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM » · DOSSIER 4 SUR 5 · LE JEÛNE DE RAMADANII. La prescription et sa finalité« afin que vous atteigniez la taqwâ »CHAPITRE 2 SUR 15

Le jeûne de Ramadan · sommaire  ·  Chapitre 2 sur 15

Le Coran ne dit pas seulement « jeûnez ». Il donne, dans la même phrase, le résultat recherché. C’est une particularité rare : la plupart des ordres divins s’imposent d’abord, et l’on en découvre la sagesse ensuite. Ici, la finalité est livrée dans l’acte de prescription même.

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ

« Vous qui croyez ! Le jeûne vous est prescrit — de même qu’il fut prescrit aux nations qui vous ont précédés — afin de vous préserver du péché. »

Coran 2:183

Le diplôme annoncé d’avance : la taqwâ

La’allakum tattaqûn — afin que vous atteigniez la taqwâ. La taqwâ, cette vigilance sacrée du cœur qui dresse un bouclier entre l’homme et ce qui fâche son Créateur, est le produit direct de l’école ; le jeûne en est la machine transformatrice.

As-Sa’dî, dans son Tafsîr, explique pourquoi le jeûne, entre toutes les œuvres, mène à la taqwâ : celui qui jeûne délaisse ce que son âme désire — la nourriture, la boisson, les rapports conjugaux — par obéissance à Allah et dans l’espoir de Sa récompense ; il s’habitue ainsi à la conscience d’être vu, car il pourrait tromper les hommes et ne trompe pas Allah ; le jeûne resserre les voies par lesquelles Shaytân circule en l’homme, affaiblit les appétits, et pousse à la multiplication des bonnes œuvres. Chacun de ces effets est une brique de taqwâ.

Voilà le véritable diplôme de Ramadan. Pas un ventre vide : une âme plus consciente d’Allah. Pas seulement trente journées d’abstinence : trente journées pendant lesquelles l’homme apprend qu’il n’est pas l’esclave de chacune de ses envies.

« Comme il fut prescrit à ceux d’avant vous »

Le verset souligne une universalité. At-Tabarî et Ibn Kathîr rappellent que le jeûne fut imposé aux communautés antérieures — le Coran ne détaille pas ses modalités chez elles, mais il affirme le principe. Al-Qurtubî y voit une consolation : ce qui est demandé n’est pas une charge inédite pesant sur la seule communauté de Muhammad ﷺ, mais une constante de la pédagogie divine. Allah n’a jamais formé d’âmes à la haute vertu sans passer par la privation volontaire.

C’est aussi un message adressé à qui découvre l’islam : le jeûne n’est pas une bizarrerie ; il traverse l’histoire des prophètes. Mûsâ jeûna avant de recevoir la Torah, ‘Îsâ jeûna au désert, et les Écritures antérieures en gardent la trace. L’islam n’a pas inventé le jeûne — il l’a purifié de ses dérives et lui a rendu sa finalité.

La miséricorde inscrite dans la prescription elle-même

Le même passage qui prescrit le jeûne organise aussitôt ses dispenses. Le malade et le voyageur rattrapent plus tard ; celui qui ne peut plus jeûner compense par la nourriture d’un pauvre.

وَمَن كَانَ مَرِيضًا أَوْ عَلَىٰ سَفَرٍ فَعِدَّةٌ مِّنْ أَيَّامٍ أُخَرَ ۗ يُرِيدُ اللَّهُ بِكُمُ الْيُسْرَ وَلَا يُرِيدُ بِكُمُ الْعُسْرَ

« Quiconque est malade ou en voyage jeûnera un nombre égal de jours plus tard. Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté. »

Coran 2:185

Les juristes des quatre écoles, à la suite d’Ibn Qudâma dans Al-Mughnî, en déduisent la dispense du malade dont le jeûne aggraverait l’état, du voyageur, de la femme enceinte ou allaitante qui craint pour elle-même ou pour son enfant, et l’interdiction pure et simple du jeûne pour la femme en période de menstrues ou de lochies (elle rattrape ensuite). La personne âgée ou le malade chronique dont on n’espère plus la guérison nourrissent un pauvre par jour manqué.

Une adoration qui prévoit elle-même ses exceptions n’est pas une adoration de la souffrance. C’est une adoration encadrée par la miséricorde.

Ce qu’il faut retenir

Le jeûne est prescrit pour un but précis : la taqwâ. Il n’est pas propre à l’islam mais à toute la pédagogie divine. Et il porte ses dispenses en lui-même : Allah veut pour nous la facilité.

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