Le jeûne de Ramadan · sommaire · Chapitre 1 sur 15
Quatrième pilier, quatrième rendez-vous — et celui-ci dure un mois entier. Ramadan : le jeûne prescrit de l’aube au coucher du soleil, chaque jour d’une lunaison, chaque année d’une vie. Après la parole (l’attestation de foi), le corps en audience (la prière) et les biens (la zakât), voici le pilier qui saisit l’homme tout entier — son ventre, sa langue, ses yeux, ses nuits — pour une session intensive dont le Coran énonce la finalité dès le verset de prescription : afin que vous atteigniez la taqwâ, la pieuse vigilance.
Il existe des adorations qui occupent un moment. Il en existe une qui transforme un mois entier. Il existe des adorations qui mobilisent un membre. Ramadan mobilise le corps, la langue, les yeux, les oreilles, les mains, les nuits, les habitudes, les repas, les relations, les pensées et, au-dessus de tout cela, le cœur. C’est pourquoi réduire Ramadan à « ne pas manger et ne pas boire » revient à regarder une école par la porte extérieure sans jamais entrer dans ses salles de classe.
Le jeûne commence dans l’estomac, mais il ne doit surtout pas y rester. Il descend dans la volonté, monte vers le cœur, atteint le caractère, réorganise les priorités — et, s’il est accepté, il laisse derrière lui un homme différent de celui qui était entré dans le mois.
Ramadan n’est donc ni un exploit d’endurance ni un folklore festif : c’est l’école annuelle de la purification de l’âme (tazkiyat an-nafs), où le croyant reprend le commandement de lui-même. Les anciens l’attendaient comme on attend un invité aimé. Ibn Rajab al-Hanbalî rapporte, dans ses Latâ’if al-Ma’ârif, que certains pieux prédécesseurs invoquaient Allah six mois durant pour qu’Il les fasse parvenir à Ramadan, puis six mois encore pour qu’Il accepte d’eux ce qu’ils y avaient accompli. Toute une année suspendue à un seul mois : voilà la place que ce pilier occupait dans leur cœur.
Ce que ce dossier va parcourir
Ce dossier se lit comme on traverse le mois : on entre par la prescription et sa finalité, on découvre le lien indissoluble entre Ramadan et le Coran, on mesure le rang que ce pilier occupe auprès d’Allah. On entre ensuite dans l’école proprement dite — le diagnostic coranique de l’âme, le jeûne intégral de tous les membres, la faim qui révèle. On observe ce que le jeûne produit dans l’individu, dans le corps et dans la société. On monte vers le sommet du mois, la Nuit du Destin. On regarde ensuite, sans complaisance mais sans mépris, le miroir des dérives contemporaines, et l’on répond une à une aux idées reçues. Enfin, on décrit la journée du jeûneur et l’on se demande ce qui reste quand Ramadan s’en va.
Cadre doctrinal du dossier
. Exégèse de référence : At-Tabarî, Ibn Kathîr, Al-Qurtubî, As-Sa’dî. Spiritualité et fiqh : Ibn al-Qayyim, Ibn Rajab al-Hanbalî, Ibn Qudâma al-Maqdisî. Hadiths : Al-Bukhârî, Muslim, puis les Sunan lorsque le texte n’est pas dans les deux Sahîh. Traduction coranique : Rachid Maach (les versets marqués ✦ sont en traduction provisoire, à harmoniser).
Ramadan n’est pas le mois où l’on apprend simplement à avoir faim. C’est le mois où l’on réapprend pourquoi l’on vit. Entrons dans l’école.
Dossier 4 sur 5 — Série « Les cinq piliers de l’islam » · convertistoislam.fr