Les écoles juridiques · Chapitre 09 / 15
Ne suivre « aucune école », c’est suivre quelqu’un quand même
Beaucoup de ceux qui disent « je ne suis d’aucun madhhab » suivent en réalité, sur presque tout, les avis d’un savant contemporain : ses cours, ses fatwas, ses conclusions, sa confiance quand la preuve les dépasse.
Il faut le dire sans mépris : ce n’est pas nécessairement mauvais — c’est même du taqlīd ordinaire, celui que le Coran permet à qui ne sait pas. Mais alors, que reste-t-il de l’argument « moi je ne suis personne, je suis le Coran et la Sunna » ? Personne ne comprend toute la religion sans médiation : celui qui ne maîtrise pas la science du hadith, la critique des transmetteurs, l’arabe, les uṣūl et le fiqh comparé dépend nécessairement de spécialistes — même établir qu’un hadith est authentique exige de faire confiance à des spécialistes. « Je ne suis personne, je suis uniquement le dalil » est donc, le plus souvent, une description inexacte de la pratique réelle — pas un mensonge, une illusion d’optique.
Précisons ce que cet argument ne dit pas : il ne prouve pas, à lui seul, que toute personne doive choisir l’un des quatre madhhabs, et il ne fait d’aucun savant contemporain un ignorant. La critique porte sur la méthode d’apprentissage du débutant, pas sur la compétence de tel ou tel savant.
Le vrai choix n’est pas « suivre un homme ou suivre le dalil ». Le vrai choix est : suivre un savant d’aujourd’hui, seul, dont les avis n’ont pas encore été passés au crible des générations — ou s’inscrire dans une tradition où les avis d’un mujtahid reconnu ont été vérifiés, corrigés et commentés pendant douze siècles.
Ce n’est pas un mépris des contemporains, dont beaucoup sont des gens de science et de mérite ; c’est une question de rang et de stabilité. Une tradition ne meurt pas avec une personnalité.
L’argument le plus parlant
Les plus grands maîtres du hadith — ceux qui connaissaient le mieux « le dalil » — étaient affiliés à des écoles. Hanafites : al-Ṭaḥāwī, al-Sarakhsī, al-ʿAynī le commentateur de Bukhārī, Ibn al-Humām, Ibn ʿĀbidīn. Malikites : Ibn ʿAbd al-Barr, le Qāḍī ʿIyāḍ, Ibn al-ʿArabī, al-Qurṭubī, Ibn Rushd, al-Qarāfī, al-Shāṭibī, Ibn Khaldūn. Shafiʿites : al-Bayhaqī, al-Khaṭīb al-Baghdādī, al-Ghazālī, Ibn al-Ṣalāḥ, al-Nawawī, Ibn Kathīr, Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī, al-Suyūṭī. Hanbalites : Ibn Qudāma, Ibn Taymiyya, Ibn al-Qayyim, Ibn Rajab — et, au XXᵉ siècle, Ibn Bāz et Ibn ʿUthaymīn, qui ont enseigné toute leur vie le Zād al-mustaqniʿ hanbalite.
Si Ibn Ḥajar et al-Nawawī, qui avaient les Ṣaḥīḥ en tête, ont jugé utile de s’inscrire dans une école, de quoi te crois-tu dispensé ?