Les écoles juridiques · Chapitre 07 / 15
« Si le hadith est authentique, c’est mon madhhab » : à qui s’adresse la phrase
La phrase est authentiquement attribuée à al-Shāfiʿī, sous plusieurs formulations, et les autres imams ont des paroles de même sens. Elle est vraie, elle est belle, et elle est presque toujours mal utilisée.
La réponse d’al-Nawawī
Car à qui s’adresse-t-elle ? Al-Nawawī rapporte ces formulations dans l’introduction de son Majmūʿ, puis répond explicitement — et sa réponse fait autorité chez les shafiʿites eux-mêmes, c’est-à-dire chez les héritiers directs de la phrase : elle n’autorise pas n’importe qui à prendre un hadith authentique, à en appliquer l’apparence et à l’attribuer aussitôt au madhhab. Elle s’adresse à celui qui a atteint le degré d’ijtihād dans l’école, et qui peut établir, après examen des ouvrages pertinents, que l’imam n’avait pas connaissance du hadith ou n’en avait pas retenu l’authenticité. Avant de déclarer « voici désormais l’avis d’al-Shāfiʿī », il faut pouvoir vérifier : l’imam connaissait-il ce hadith ? Le tenait-il pour authentique ? Avait-il une autre preuve ? Le considérait-il comme abrogé, spécifique, restreint, ou autrement interprété ?
Ibn Rajab dit exactement la même chose de la parole d’Aḥmad « n’écrivez pas mon avis, apprenez comme nous avons appris » : elle vise celui qui a, ou peut acquérir, la science d’Aḥmad. Ces imams parlaient à ceux qui étaient assis devant eux — et qui sont devenus les imams de la génération suivante. Pas à un fil de commentaires.
« Le dalil est supérieur au madhhab » n’implique pas « le débutant est habilité à arbitrer seul entre le dalil et le madhhab ».
La logique en est simple
Imagine que tu lises : « Le Prophète ﷺ a fait X », et que tu conclues : « donc X est obligatoire ». Le juriste pourrait te répondre : mais connais-tu le hadith Y qui le restreint ? La parole d’Ibn ʿUmar qui l’explique ? La distinction entre obligation et recommandation dans ce type d’énoncé ? La circonstance particulière de X ? À la fin, ton dalil n’était pas faux. Ton raisonnement était incomplet. Et un raisonnement incomplet peut produire une règle fausse à partir d’un texte vrai.
Deux exemples malikites vont le montrer concrètement au chapitre suivant — choisis exprès parce que ce sont ceux qu’on jette le plus souvent à la figure des malikites.