X. Ceux que la prière a rendus libres — La prière (pilier 2/5)

La prière — pilier 2/5 — chapitre 11 sur 15

Khubayb sur l’échafaud, Bilâl aux fers, ‘Umar dans son sang : des récits authentifiés.

La thèse de ce dossier — la prière comme libération — n’est pas une image. Elle a des visages, et le corpus les a gardés. Voici des hommes que la prière a rendus libres de la peur, de la douleur, de la mort, du pouvoir et des passions ; chaque récit est daté et sourcé, et nous distinguons ce qui est hadith de ce qui est histoire.

Khubayb ibn ‘Adiyy — libre devant ses bourreaux

Capturé par traîtrise, vendu aux Quraysh qui voulaient venger Badr, Khubayb fut conduit hors du sanctuaire de La Mecque pour être mis à mort. Il leur dit : « Laissez-moi prier deux unités. » Ils le laissèrent ; il pria deux rak’a, puis dit : « Par Allah, si vous ne deviez pas penser que ce que je ressens est de la peur, je les aurais prolongées. » Et ce fut Khubayb, dit le hadith, qui institua les deux rak’a pour tout musulman mis à mort. (Rapporté par Al-Bukhârî n° 3045, d’après Abû Hurayra.) Devant le bois de la crucifixion, avec la mort pour seule certitude, cet homme demande une chose : prier. Et il abrège sa prière non par peur, mais pour que ses bourreaux ne croient pas qu’il a peur — c’est-à-dire qu’il est plus libre, à genoux et ligoté, que ceux qui tiennent les cordes. La chaîne de la peur de la mort : brisée par deux rak’a.

‘Abbâd ibn Bishr — la flèche dans le corps, la sourate dans la bouche

Lors de l’expédition de Dhât ar-Riqâ’, le Prophète ﷺ posta deux hommes en sentinelle pour la nuit, ‘Ammâr ibn Yâsir et ‘Abbâd ibn Bishr. ‘Ammâr dormit ; ‘Abbâd se leva pour prier. Un ennemi le vit, tira une flèche, qui se planta dans son corps ; il la retira et continua sa prière ; une deuxième, une troisième — il les retira toutes, puis s’inclina et se prosterna, et réveilla son compagnon. ‘Ammâr lui dit : pourquoi ne m’as-tu pas réveillé à la première ? Il répondit : « J’étais dans une sourate que je récitais, et je n’ai pas voulu l’interrompre. » (Rapporté par Abû Dâwûd n° 198 et Ibn Hibbân, d’après Jâbir — jugé recevable.) Une sourate qu’il n’a pas voulu interrompre — voilà ce qu’est le cinquième degré d’Ibn al-Qayyim, que nous lirons plus loin : un homme tellement présent devant son Seigneur qu’une flèche est une distraction qu’on retire. La chaîne de la douleur : brisée par une récitation.

‘Umar ibn al-Khattâb — la prière dans le sang

Frappé à l’aube, dans le mihrâb, par le poignard d’Abû Lu’lu’a, ‘Umar s’effondra dans sa propre prière de Fajr. On le transporta chez lui, il perdit connaissance ; quand il revint à lui, la première chose qu’on lui dit fut : « La prière, ô commandeur des croyants. » Et il répondit, le corps ouvert : « Oui — et il n’y a pas de part dans l’islam pour celui qui abandonne la prière. » Puis il pria, tandis que sa blessure saignait. (Rapporté par Mâlik dans le Muwatta’, Livre de la purification, d’après Al-Miswar ibn Makhrama.) Le calife qui gouvernait de Médine à la Perse, mourant, ne demanda ni ses affaires ni sa succession avant d’avoir prié dans son sang. Sa phrase n’est pas un hadith : c’est la parole d’un Compagnon, du deuxième homme de cette communauté — et elle dit la place du pilier dans le cœur de ceux qui ont appris la religion à la source.

Rib’î ibn ‘Âmir — « de la servitude des serviteurs à la servitude du Seigneur des serviteurs »

Avant la bataille d’al-Qâdisiyya, le général perse Rustam demanda aux musulmans un émissaire. Ils envoyèrent Rib’î ibn ‘Âmir, un simple soldat, qui entra dans la tente couverte d’or et de soie avec son cheval et sa lance, et répondit à la question « qu’est-ce qui vous a amenés ? » par la phrase la plus célèbre de l’histoire des conquêtes : « Allah nous a envoyés pour faire sortir qui Il veut de la servitude des serviteurs vers la servitude du Seigneur des serviteurs, de l’étroitesse de ce monde vers sa vastitude, et de l’injustice des religions vers la justice de l’islam. » (Rapporté par At-Tabarî dans son Histoire — récit historique.) De la servitude des serviteurs à la servitude du Seigneur des serviteurs : le programme entier de ce dossier tient dans cette phrase d’un bédouin devant un empire. Ce n’est pas la fin de la servitude qu’apporte l’islam — c’est le changement de Maître ; et c’est cela, exactement, qui délivre.

Les anciens et la prière : ce qu’on rapporte

On rapporte de Sa’îd ibn al-Musayyib, le plus grand des Successeurs de Médine, qu’il ne manqua pas le takbîr d’ouverture en assemblée pendant quarante ans, et qu’il n’avait jamais vu le dos des gens dans la prière — il était toujours au premier rang (Abû Nu’aym, Hilya). On rapporte de Muslim ibn Yasâr qu’une colonne de la mosquée de Basra s’effondra pendant sa prière, que les gens du marché accoururent au bruit, et qu’il ne s’en aperçut pas avant d’avoir terminé (Hilya). On rapporte de ‘Urwa ibn az-Zubayr, atteint de gangrène à la jambe, qu’il refusa d’être endormi pour l’amputation et demanda qu’on la pratiquât pendant qu’il était en prière, absorbé dans sa récitation (Adh-Dhahabî, Siyar ; Ibn al-Jawzî, Sifat as-safwa). Et l’on rapporte de Hâtim al-Asamm, l’ascète du Khurasan, qu’interrogé sur sa prière, il décrivit sa méthode : « Quand vient l’heure, je fais mes ablutions avec soin, je vais au lieu de la prière et je m’y assois jusqu’à ce que mes membres se calment ; puis je me lève, je place la Ka’ba entre mes sourcils, le Pont sous mes pieds, le Paradis à ma droite, le Feu à ma gauche, l’ange de la mort derrière moi, et je me dis que c’est ma dernière prière » (Al-Ghazâlî, Ihyâ’ ‘ulûm ad-dîn). Récits historiques, non hadiths — mais ils montrent ce que devient un homme quand la prière a cessé d’être une corvée : un homme que le bruit, la douleur et le monde ne tiennent plus.

Récit — Le Prophète ﷺ et le djinn qui voulait sa prière

Le Prophète ﷺ raconta un matin : « Un démon des djinns s’est jeté sur moi cette nuit pour interrompre ma prière. Allah m’a donné pouvoir sur lui ; j’ai voulu l’attacher à l’une des colonnes de la mosquée pour que vous le voyiez tous au matin — puis je me suis souvenu de la parole de mon frère Sulaymân : Seigneur, accorde-moi un royaume que nul n’aura après moi — et je l’ai renvoyé humilié. » (Rapporté par Al-Bukhârî n° 461 et Muslim n° 541, d’après Abû Hurayra.) Retenez l’enjeu : Satan ne cherche pas à empêcher le sommeil, le travail ou le divertissement — il se jette sur la prière. Et ce que le Prophète ﷺ a fait au démon cette nuit-là — l’attraper, le renverser, le renvoyer humilié — c’est ce que chaque priant fait, à sa mesure, quand il repousse le waswâs et revient au verset : le combattant du troisième degré n’est pas un distrait, c’est un homme qui, à son tour, renvoie le djinn.

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