II. La chaîne ininterrompue des prophètes — La prière (pilier 2/5)

La prière — pilier 2/5 — chapitre 03 sur 15

Adam, Ibrâhîm, Mûsâ, Dâwûd, Maryam, ‘Îsa : la prière n’a jamais commencé avec Muhammad ﷺ.

On croit parfois que les cinq prières sont « la pratique des musulmans », comme si l’islam avait inventé le geste de se prosterner. Les textes disent l’inverse : la prière est la religion de tous les prophètes, et le Coran en fait défiler la chaîne, nom après nom. La lire, c’est comprendre qu’à chaque prosternation le croyant rejoint une lignée qui commence avec le premier homme.

1. Le point de départ : la descendance d’Adam et ceux qui pleuraient en se prosternant

Le Coran, après avoir raconté Zakariyyâ, Maryam, ‘Îsâ, Ibrâhîm, Mûsâ, Ismâ’îl et Idrîs dans la sourate Maryam, les rassemble tous d’un seul trait — et le trait, c’est la prosternation :

أُولَٰئِكَ الَّذِينَ أَنْعَمَ اللَّهُ عَلَيْهِم مِّنَ النَّبِيِّينَ مِن ذُرِّيَّةِ آدَمَ وَمِمَّنْ حَمَلْنَا مَعَ نُوحٍ وَمِن ذُرِّيَّةِ إِبْرَاهِيمَ وَإِسْرَائِيلَ وَمِمَّنْ هَدَيْنَا وَاجْتَبَيْنَا ۚ إِذَا تُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ آيَاتُ الرَّحْمَٰنِ خَرُّوا سُجَّدًا وَبُكِيًّا

« Voilà ceux qu’Allah a comblés de Ses faveurs parmi les prophètes, de la descendance d’Adam, de ceux que Nous avons portés avec Nûh, de la descendance d’Ibrâhîm et d’Isrâ’îl, et de ceux que Nous avons guidés et élus : lorsque les versets du Tout Miséricordieux leur étaient récités, ils tombaient prosternés, en pleurs »

Coran 19:58

Quatre lignées — Adam, Nûh, Ibrâhîm, Isrâ’îl — et un seul geste : ils tombaient prosternés en pleurant. Ce verset est la charte de la chaîne : avant les détails des législations, il y a ce tronc commun — des hommes que la parole de leur Seigneur jette au sol. Le Prophète ﷺ a donné à cette unité sa formule définitive :

أَنَا أَوْلَى النَّاسِ بِعِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ، وَالْأَنْبِيَاءُ إِخْوَةٌ لِعَلَّاتٍ، أُمَّهَاتُهُمْ شَتَّىٰ وَدِينُهُمْ وَاحِدٌ

« Je suis, de tous les hommes, le plus proche de ‘Îsâ fils de Maryam, ici-bas et dans l’au-delà. Les prophètes sont des frères de père : leurs mères sont différentes, mais leur religion est une. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3443) et Muslim (n° 2365), d’après Abû Hurayra

Des frères de père aux mères différentes — awlâd ‘allât : même père, mères diverses. Ibn Kathîr et Ibn Hajar l’expliquent : le père commun est le tawhîd et l’adoration d’Allah seul ; les mères différentes sont les législations de détail. Les formes de la prière ont pu varier d’une loi à l’autre — les temps, le nombre, les paroles — mais la structure est la même depuis l’origine : se tenir devant Allah, s’incliner, se prosterner, L’invoquer, Lui obéir. Ibn Taymiyya le résume : la religion des prophètes est une, leurs lois sont diverses. Suivons maintenant la chaîne, maillon par maillon.

2. Ibrâhîm et Ismâ’îl : la prière avant la Maison

Le père des prophètes n’a pas bâti la Ka’ba pour qu’on la contemple : il a installé sa famille dans une vallée sans culture pour une seule raison, qu’il nomme lui-même :

رَّبَّنَا إِنِّي أَسْكَنتُ مِن ذُرِّيَّتِي بِوَادٍ غَيْرِ ذِي زَرْعٍ عِندَ بَيْتِكَ الْمُحَرَّمِ رَبَّنَا لِيُقِيمُوا الصَّلَاةَ

« Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans culture, auprès de Ta Maison sacrée — afin, Seigneur, qu’ils accomplissent la prière »

Coran 14:37

Li-yuqîmû as-salât — pour qu’ils accomplissent la prière : voilà pourquoi Hâjar et le petit Ismâ’îl furent laissés dans le désert de La Mecque, voilà la raison d’être de la première ville sanctuaire de l’islam. Puis Ibrâhîm et Ismâ’îl élèvent la Maison, et l’ordre qu’ils reçoivent la définit par ceux qui y prieront :

وَإِذْ جَعَلْنَا الْبَيْتَ مَثَابَةً لِّلنَّاسِ وَأَمْنًا وَاتَّخِذُوا مِن مَّقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى ۖ وَعَهِدْنَا إِلَىٰ إِبْرَاهِيمَ وَإِسْمَاعِيلَ أَن طَهِّرَا بَيْتِيَ لِلطَّائِفِينَ وَالْعَاكِفِينَ وَالرُّكَّعِ السُّجُودِ

« Nous avons fait du Sanctuaire un havre de paix où convergent inlassablement les hommes auxquels Nous avons dit : « Adoptez la station d’Abraham comme lieu de prière. » Nous avons ordonné à Abraham et Ismaël de faire de Mon sanctuaire un lieu saint exclusivement réservé à ceux qui viennent y accomplir les circuits rituels, y faire une retraite, s’y incliner et s’y prosterner en prière »

Coran 2:125

Ceux qui s’inclinent et se prosternent — ar-rukka’ as-sujûd : les deux postures de la prière, nommées dans le cahier des charges de la Ka’ba, deux mille ans avant l’islam de Muhammad ﷺ. Et le dernier mot d’Ibrâhîm dans la sourate qui porte son nom est une invocation — que tout parent devrait faire sienne — non pour la fortune de ses fils, mais pour leur prière :

رَبِّ اجْعَلْنِي مُقِيمَ الصَّلَاةِ وَمِن ذُرِّيَّتِي ۚ رَبَّنَا وَتَقَبَّلْ دُعَاءِ

« Rends-moi, Seigneur, assidu à la prière, ainsi qu’une partie de ma descendance. Veuille, Seigneur, exaucer mon invocation »

Coran 14:40

L’invocation fut exaucée en son fils : Ismâ’îl, dont le Coran fait ce portrait :

وَكَانَ يَأْمُرُ أَهْلَهُ بِالصَّلَاةِ وَالزَّكَاةِ وَكَانَ عِندَ رَبِّهِ مَرْضِيًّا

« Il ordonnait à sa famille d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakât, et il était agréé auprès de son Seigneur »

Coran 19:55

Et pour Ibrâhîm, Ishâq et Ya’qûb ensemble, le Coran décrit ce qui leur fut révélé — et la prière y figure en toutes lettres :

وَجَعَلْنَاهُمْ أَئِمَّةً يَهْدُونَ بِأَمْرِنَا وَأَوْحَيْنَا إِلَيْهِمْ فِعْلَ الْخَيْرَاتِ وَإِقَامَ الصَّلَاةِ وَإِيتَاءَ الزَّكَاةِ ۖ وَكَانُوا لَنَا عَابِدِينَ

« Nous fîmes d’eux des guides qui dirigeaient les hommes selon Notre ordre, et Nous leur révélâmes de faire le bien, d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakât. Ils Nous vouaient un culte sincère »

Coran 21:73

3. Mûsâ et les Enfants d’Israël : « accomplis la prière pour te souvenir de Moi »

Dans la vallée sacrée, la première instruction donnée à Mûsâ après le tawhîd lui-même est la prière — nous y reviendrons, car ce verset définit le pilier. Mais la sourate Yûnus révèle aussi comment la prière fut, pour le peuple opprimé d’Égypte, l’acte de résistance et de libération :

وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ وَأَخِيهِ أَن تَبَوَّآ لِقَوْمِكُمَا بِمِصْرَ بُيُوتًا وَاجْعَلُوا بُيُوتَكُمْ قِبْلَةً وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ ۗ وَبَشِّرِ الْمُؤْمِنِينَ

« Nous révélâmes à Mûsâ et à son frère : « Établissez pour votre peuple des demeures en Égypte, faites de vos maisons des lieux de prière et accomplissez la prière. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants » »

Coran 10:87

Faites de vos maisons une qibla — les exégètes expliquent : quand Pharaon leur interdit les lieux de culte, l’ordre fut de prier chez eux, et de tenir la prière. Le peuple asservi n’a pas reçu d’abord une armée : il a reçu l’ordre de prier — et la mer s’est ouverte ensuite. Puis, une fois libéré, le pacte d’Allah avec les Enfants d’Israël est scellé par la même clause :

وَلَقَدْ أَخَذَ اللَّهُ مِيثَاقَ بَنِي إِسْرَائِيلَ … وَقَالَ اللَّهُ إِنِّي مَعَكُمْ ۖ لَئِنْ أَقَمْتُمُ الصَّلَاةَ وَآتَيْتُمُ الزَّكَاةَ وَآمَنتُم بِرُسُلِي

« Allah prit l’engagement des Enfants d’Israël… Il dit : « Je suis avec vous, pourvu que vous accomplissiez la prière, que vous vous acquittiez de la zakât, que vous croyiez en Mes messagers… » »

Coran 5:12

وَإِذْ أَخَذْنَا مِيثَاقَ بَنِي إِسْرَائِيلَ لَا تَعْبُدُونَ إِلَّا اللَّهَ … وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ

« Nous prîmes l’engagement des Enfants d’Israël : « N’adorez qu’Allah… accomplissez la prière et acquittez-vous de la zakât » »

Coran 2:83

Et voici l’un des textes les plus saisissants de tout le corpus sur la chaîne de la prière — Mûsâ priant encore, des siècles après sa mort :

مَرَرْتُ عَلَىٰ مُوسَىٰ لَيْلَةَ أُسْرِيَ بِي عِندَ الْكَثِيبِ الْأَحْمَرِ وَهُوَ قَائِمٌ يُصَلِّي فِي قَبْرِهِ

« Je passai près de Mûsâ, la nuit où l’on me fit voyager, auprès de la dune rouge : il était debout, en train de prier dans sa tombe. »

Rapporté par Muslim (n° 2375), d’après Anas

Debout dans sa tombe, en prière — la mort n’a pas rompu la chaîne : le prophète qui reçut l’ordre dans la vallée sacrée le tient encore dans la terre. Les savants disent de ce hadith que la vie des prophètes dans leur tombe est une vie réelle que nous ne connaissons pas ; retenons-en ce qu’il enseigne sur la prière : elle est l’acte que l’on emporte, celui qui continue quand tout le reste s’est arrêté.

4. Shu’ayb, Dâwûd, Sulaymân, Yûnus : la prière visible, la prière nocturne, la prière qui sauve

La prière de Shu’ayb était si présente dans sa vie que son peuple s’en moqua — et le Coran a conservé la moquerie :

قَالُوا يَا شُعَيْبُ أَصَلَاتُكَ تَأْمُرُكَ أَن نَّتْرُكَ مَا يَعْبُدُ آبَاؤُنَا أَوْ أَن نَّفْعَلَ فِي أَمْوَالِنَا مَا نَشَاءُ

« Ils dirent : « Ô Shu’ayb ! Est-ce ta prière qui t’ordonne que nous abandonnions ce que nos ancêtres adoraient, ou que nous cessions de disposer de nos biens à notre guise ? » »

Coran 11:87

Ta prière t’ordonne-t-elle… — les mécréants ont compris, avant beaucoup de croyants, ce que la prière fait à un homme : elle lui ordonne, elle le détache des idoles des pères et de l’avidité des biens ; ils l’ont vue à l’œuvre chez Shu’ayb et l’ont haïe pour cela. Dâwûd, lui, tombe en prosternation au milieu de son jugement :

وَظَنَّ دَاوُودُ أَنَّمَا فَتَنَّاهُ فَاسْتَغْفَرَ رَبَّهُ وَخَرَّ رَاكِعًا وَأَنَابَ

« Dâwûd comprit que Nous l’avions mis à l’épreuve : il implora le pardon de son Seigneur, tomba prosterné et se repentit »

Coran 38:24

Et de sa prière de nuit, le Prophète ﷺ a fait le modèle même de l’équilibre :

أَحَبُّ الصَّلَاةِ إِلَى اللَّهِ صَلَاةُ دَاوُودَ، وَأَحَبُّ الصِّيَامِ إِلَى اللَّهِ صِيَامُ دَاوُودَ، كَانَ يَنَامُ نِصْفَ اللَّيْلِ وَيَقُومُ ثُلُثَهُ وَيَنَامُ سُدُسَهُ، وَكَانَ يَصُومُ يَوْمًا وَيُفْطِرُ يَوْمًا

« La prière la plus aimée d’Allah est la prière de Dâwûd, et le jeûne le plus aimé d’Allah est le jeûne de Dâwûd : il dormait la moitié de la nuit, priait le tiers, et dormait le sixième ; et il jeûnait un jour sur deux. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 1131) et Muslim (n° 1159), d’après ‘Abdullâh ibn ‘Amr

Quant à Yûnus, le Coran dit ce qui le sauva du ventre du poisson :

فَلَوْلَا أَنَّهُ كَانَ مِنَ الْمُسَبِّحِينَ ۝ لَلَبِثَ فِي بَطْنِهِ إِلَىٰ يَوْمِ يُبْعَثُونَ

« S’il n’avait pas été de ceux qui glorifient Allah, il serait resté dans son ventre jusqu’au Jour de la Résurrection »

Coran 37:143-144

De ceux qui glorifient — al-musabbihîn : At-Tabarî rapporte d’Ibn ‘Abbâs, de Sa’îd ibn Jubayr et de Qatâda que le sens est : de ceux qui priaient — il avait été, avant l’épreuve, un homme de prière abondante, et sa prière d’avant le fit sortir des ténèbres du ventre. Le Prophète ﷺ l’a dit en règle : fais-toi connaître d’Allah dans l’aisance, Il te connaîtra dans l’épreuve (Ahmad, d’après Ibn ‘Abbâs — jugé recevable). La prière d’avant l’épreuve est la corde qui te sortira de l’épreuve.

5. Zakariyyâ, Maryam, ‘Îsâ : la prière dans le mihrâb

Zakariyyâ reçoit la bonne nouvelle de Yahyâ dans la posture de la prière :

فَنَادَتْهُ الْمَلَائِكَةُ وَهُوَ قَائِمٌ يُصَلِّي فِي الْمِحْرَابِ أَنَّ اللَّهَ يُبَشِّرُكَ بِيَحْيَىٰ

« Les anges l’appelèrent alors qu’il se tenait en prière dans le sanctuaire : « Allah t’annonce la naissance de Yahyâ… » »

Coran 3:39

Debout en prière dans le mihrâb — c’est là que la réponse arrive : la prière est le lieu où Allah répond. Maryam, la femme la plus pure de l’humanité, reçoit l’ordre des trois postures en un seul verset :

يَا مَرْيَمُ اقْنُتِي لِرَبِّكِ وَاسْجُدِي وَارْكَعِي مَعَ الرَّاكِعِينَ

« Ô Maryam ! Sois dévouée à ton Seigneur, prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent »

Coran 3:43

Uqnutî, usjudî, irka’î — dévotion debout, prosternation, inclinaison : la prière de Maryam, dans le sanctuaire de Jérusalem, contenait les trois mouvements que le musulman fait aujourd’hui. Et ‘Îsâ — dont le premier dossier a rappelé qu’il est, pour l’islam, le Messie, la Parole d’Allah jetée à Maryam, le prophète que nous attendons — ‘Îsâ prononce depuis le berceau, comme premier programme de sa mission, les deux piliers que ce dossier et le suivant traitent :

وَجَعَلَنِي مُبَارَكًا أَيْنَ مَا كُنتُ وَأَوْصَانِي بِالصَّلَاةِ وَالزَّكَاةِ مَا دُمْتُ حَيًّا

« Il a fait de moi un être béni où que je sois, et m’a recommandé la prière et la zakât tant que je vivrai »

Coran 19:31

Voilà la parole de Jésus sur la prière, telle que le Livre l’a gardée : elle est sa première parole publique, et elle l’engage pour toute sa vie — mâ dumtu hayyan. Lorsque, au Jour de la Résurrection, Allah l’interrogera, il résumera ainsi ce qu’il a prêché :

مَا قُلْتُ لَهُمْ إِلَّا مَا أَمَرْتَنِي بِهِ أَنِ اعْبُدُوا اللَّهَ رَبِّي وَرَبَّكُمْ

« Je ne leur ai dit que ce que Tu m’as ordonné : « Adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur » »

Coran 5:117

6. ‘Îsâ dans les hadiths : celui qui priera derrière l’imam des musulmans

Le Prophète ﷺ a parlé de ‘Îsâ plus que d’aucun autre prophète, et il a lié son retour à la prière. La scène de sa descente, telle que les hadiths authentiques la décrivent, est une scène de prière :

كَيْفَ أَنْتُمْ إِذَا نَزَلَ ابْنُ مَرْيَمَ فِيكُمْ وَإِمَامُكُمْ مِنكُمْ

« Comment serez-vous lorsque le fils de Maryam descendra parmi vous, et que votre imam sera d’entre vous ? »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3449) et Muslim (n° 155), d’après Abû Hurayra

فَيَقُولُ أَمِيرُهُمْ: تَعَالَ صَلِّ لَنَا، فَيَقُولُ: لَا، إِنَّ بَعْضَكُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ أُمَرَاءُ، تَكْرِمَةَ اللَّهِ هَٰذِهِ الْأُمَّةَ

« … puis ‘Îsâ fils de Maryam descendra. Leur émir lui dira : viens, dirige notre prière. Il répondra : non — vous êtes émirs les uns des autres, par l’honneur qu’Allah fait à cette communauté. »

Rapporté par Muslim (n° 156), d’après Jâbir

Le Messie revient sur terre, et la première chose qu’il fait est de se placer derrière un imam musulman pour prier la prière de Muhammad ﷺ. Le grand prophète des chrétiens refusera de conduire la prière — non par infériorité, mais par honneur fait à la communauté du dernier Messager — et il priera dans nos rangs, avec nos gestes, vers notre qibla. Ibn Kathîr dit de ce hadith qu’il est l’une des preuves les plus fortes de l’abrogation des lois antérieures par celle de Muhammad ﷺ : ‘Îsâ ne priera pas selon une loi disparue, il priera notre prière. Et le Prophète ﷺ le vit une nuit accomplir un autre rite de notre religion : je le vis faire les circuits rituels autour de la Maison (Al-Bukhârî n° 3440).

Quant aux paroles de ‘Îsâ transmises par les anciens en dehors du Coran, il faut en parler avec honnêteté. Les livres de zuhd — le Kitâb az-Zuhd de l’imam Ahmad, la Hilya d’Abû Nu’aym — ont recueilli des dizaines de sentences attribuées au Messie, venues des gens du Livre convertis, sans chaîne remontant au Prophète ﷺ ; elles sont des sagesses, non des hadiths. Nous n’en retiendrons qu’une, parce que Mâlik l’a jugée digne de son Muwatta’ et parce qu’elle éclaire la finalité même de la prière, que le verset de Mûsâ a nommée — le rappel :

« ‘Îsâ fils de Maryam a dit : ne parlez pas beaucoup sans mentionner Allah, car vos cœurs s’endurciraient ; et le cœur endurci est loin d’Allah, mais vous ne le savez pas. »

Rapporté par Mâlik dans le Muwatta’ (Livre de la parole), comme parole transmise, sans chaîne prophétique

Le cœur endurci est loin d’Allah — et le remède du cœur endurci est le dhikr ; et la prière, dit le verset, fut prescrite li-dhikrî, pour Mon rappel. La sagesse attribuée au Messie et le verset donné à Mûsâ se rejoignent : la prière est l’acte qui empêche le cœur de durcir.

7. Les gens du Livre qui priaient droit : « telle est la religion droite »

Le Coran ne fait pas de la prière la spécialité de la dernière communauté : il la nomme comme le contenu même de ce qui fut demandé aux gens du Livre — et il salue ceux d’entre eux qui l’ont tenue :

وَمَا أُمِرُوا إِلَّا لِيَعْبُدُوا اللَّهَ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ حُنَفَاءَ وَيُقِيمُوا الصَّلَاةَ وَيُؤْتُوا الزَّكَاةَ ۚ وَذَٰلِكَ دِينُ الْقَيِّمَةِ

« Il ne leur a été ordonné que d’adorer Allah en Lui vouant un culte exclusif, en monothéistes purs, d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakât : telle est la religion droite »

Coran 98:5

لَيْسُوا سَوَاءً ۗ مِّنْ أَهْلِ الْكِتَابِ أُمَّةٌ قَائِمَةٌ يَتْلُونَ آيَاتِ اللَّهِ آنَاءَ اللَّيْلِ وَهُمْ يَسْجُدُونَ

« Parmi les gens du Livre, il est une communauté droite qui récite les versets d’Allah durant la nuit et se prosterne »

Coran 3:113

إِنَّ الَّذِينَ أُوتُوا الْعِلْمَ مِن قَبْلِهِ إِذَا يُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ يَخِرُّونَ لِلْأَذْقَانِ سُجَّدًا … وَيَخِرُّونَ لِلْأَذْقَانِ يَبْكُونَ وَيَزِيدُهُمْ خُشُوعًا

« Ceux qui ont reçu la science avant lui, lorsqu’on le leur récite, tombent sur leur visage, prosternés… et ils tombent sur leur visage en pleurant, et cela accroît leur humilité »

Coran 17:107-109

Ceux qui reçurent la science avant, tombant sur leur visage en pleurant : le Coran décrit les vrais serviteurs des Écritures antérieures par le même geste que celui d’Adam, de Nûh, d’Ibrâhîm en 19:58 — la prosternation en larmes. Et le testament de Luqmân le sage à son fils commence par le même mot :

يَا بُنَيَّ أَقِمِ الصَّلَاةَ وَأْمُرْ بِالْمَعْرُوفِ وَانْهَ عَنِ الْمُنكَرِ وَاصْبِرْ عَلَىٰ مَا أَصَابَكَ

« Ô mon fils ! Accomplis la prière, ordonne le bien, interdis le mal et supporte patiemment ce qui t’atteint »

Coran 31:17

8. La nuit où tous les prophètes prièrent en rangs

Toute cette chaîne a un sommet — une scène, la nuit du voyage nocturne, qui vaut à elle seule le dossier :

« … Puis je suis entré à Bayt al-Maqdis. Je l’ai attaché [Burâq] à l’anneau auquel les prophètes attachent leurs montures… et l’heure de la prière arriva, et je les dirigeai dans la prière. »

Rapporté par Muslim (n° 172), d’après Abû Hurayra — et Muslim (n° 162), d’après Anas

Là, dans le sanctuaire de Jérusalem, avant de monter aux cieux, le Messager ﷺ a conduit en prière tous les prophètes — Adam, Nûh, Ibrâhîm, Mûsâ, ‘Îsâ et les autres, rassemblés pour lui. Ibn Kathîr y voit la reconnaissance de sa primauté sur tous les envoyés ; retenons-en, pour notre sujet, l’image : la prière est ce que tous les prophètes ont fait ensemble, en rangs, derrière un seul imam, avant que celui-ci ne reçoive, au-dessus du septième ciel, les cinq prières que nous accomplissons. La chaîne est bouclée — de la prosternation d’Adam à l’ordre reçu au sommet de la création, en passant par une prière en assemblée où toute l’histoire de la prophétie se tenait épaule contre épaule. Quand tu rejoins un rang à la mosquée, tu rejoins, très exactement, ce rang-là.

Prophète ou communauté Texte Ce qu’il dit de la prière
Descendance d’Adam, Nûh, Ibrâhîm, Isrâ’îl 19:58 Ils tombaient prosternés en pleurant à la récitation des versets
Ibrâhîm 14:37 ; 14:40 ; 2:125 Installe sa famille à La Mecque pour la prière ; invoque la prière pour sa descendance ; bâtit la Maison pour ceux qui s’inclinent et se prosternent
Ibrâhîm, Ishâq, Ya’qûb 21:73 Reçoivent en révélation l’accomplissement de la prière
Ismâ’îl 19:55 Ordonnait la prière et la zakât à sa famille
Mûsâ et les Enfants d’Israël 20:14 ; 10:87 ; 2:83 ; 5:12 ; Muslim 2375 La prière pour le rappel ; les maisons-qibla sous Pharaon ; le pacte ; Mûsâ priant dans sa tombe
Shu’ayb 11:87 Sa prière lui ordonnait de rompre avec les idoles et l’avidité
Dâwûd 38:24 ; Bukhârî 1131 Tombe prosterné ; la prière de nuit la plus aimée d’Allah
Yûnus 37:143 (Tabarî) Sauvé par sa prière d’avant l’épreuve
Zakariyyâ 3:39 Exaucé debout en prière dans le mihrâb
Maryam 3:43 Ordre de la dévotion, de la prosternation et de l’inclinaison
‘Îsâ 19:31 ; 5:117 ; Muslim 156 Recommandé la prière tant qu’il vivra ; priera derrière l’imam des musulmans
Gens du Livre droits 98:5 ; 3:113 ; 17:107-109 La religion droite ; ils se prosternent la nuit, en pleurs
Luqmân 31:17 Son testament à son fils commence par la prière
Muhammad ﷺ Muslim 172 ; Bukhârî 349 Dirige tous les prophètes à Jérusalem ; reçoit les cinq prières au-dessus des sept cieux

Les religions prophétiques ne commencent pas avec cinq prières quotidiennes. Elles commencent avec une créature qui se tient devant son Créateur.

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