Les maladies du cœur — L’attestation de foi (1/5)

La parole est d'abord une affaire de cœur. Huit maladies peuvent la vider de l'intérieur — l'ignorance, le doute, l'orgueil, l'ostentation, l'envie, l'hypocrisie, le regard des gens, la négligence.

1. Pourquoi le cœur, et non la langue

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «أَلَا وَإِنَّ فِي الْجَسَدِ مُضْغَةً، إِذَا صَلَحَتْ صَلَحَ الْجَسَدُ كُلُّهُ، وَإِذَا فَسَدَتْ فَسَدَ الْجَسَدُ كُلُّهُ، أَلَا وَهِيَ الْقَلْبُ». وَقَالَ: «إِنَّ اللَّهَ لَا يَنْظُرُ إِلَى صُوَرِكُمْ وَأَمْوَالِكُمْ، وَلَكِنْ يَنْظُرُ إِلَى قُلُوبِكُمْ وَأَعْمَالِكُمْ».

« Il y a dans le corps un morceau de chair : s'il est sain, tout le corps est sain ; s'il est corrompu, tout le corps est corrompu — c'est le cœur. » Et : « Allah ne regarde ni vos apparences ni vos biens, mais Il regarde vos cœurs et vos œuvres. »

Al-Bukhârî (n° 52) et Muslim (n° 1599), d'après an-Nu'mân ibn Bashîr ; Muslim (n° 2564), d'après Abû Hurayra.

﴿يَوْمَ لَا يَنفَعُ مَالٌ وَلَا بَنُونَ ۝ إِلَّا مَنْ أَتَى اللَّهَ بِقَلْبٍ سَلِيمٍ﴾

« Le Jour où ni les richesses ni les enfants ne seront d'aucune utilité, sauf pour celui qui viendra à Allah avec un cœur sain. » ✦

Coran 26:88-89

La shahâda est une parole du cœur avant d'être une parole de la langue ; c'est donc le cœur que ses ennemis attaquent. Ibn al-Qayyim, qui a consacré à cette pathologie l'un de ses plus grands livres, ramène toutes les maladies du cœur à deux racines :

قَالَ ابْنُ الْقَيِّمِ: «الْقَلْبُ السَّلِيمُ: هُوَ الَّذِي قَدْ سَلِمَ مِنْ كُلِّ شَهْوَةٍ تُخَالِفُ أَمْرَ اللَّهِ وَنَهْيَهُ، وَمِنْ كُلِّ شُبْهَةٍ تُعَارِضُ خَبَرَهُ … فَأَمْرَاضُ الْقُلُوبِ نَوْعَانِ: مَرَضُ شُبْهَةٍ وَشَكٍّ، وَمَرَضُ شَهْوَةٍ وَغَيٍّ».

Ibn al-Qayyim : « Le cœur sain est celui qui est sauf de tout désir contraire à l'ordre et à l'interdit d'Allah, et de toute équivoque contraire à ce qu'Il a annoncé… Les maladies des cœurs sont de deux sortes : la maladie de l'équivoque et du doute, et la maladie du désir et de l'égarement. »

Ibn al-Qayyim, Ighâthat al-lahfân min masâyid ash-shaytân (début de l'ouvrage).

Les équivoques (shubuhât) attaquent la connaissance et la certitude ; les désirs (shahawât) attaquent la sincérité et la soumission. Contre les premières, la certitude ; contre les seconds, la patience — c'est ce que les anciens ont lu dans le verset 32:24 : « Nous fîmes d'eux des guides… parce qu'ils furent patients et qu'ils avaient la certitude en Nos signes » — bi-s-sabr wa-l-yaqîn tunâl al-imâma fî d-dîn : par la patience et la certitude on obtient la direction dans la religion. Et le Prophète ﷺ a décrit comment ces maladies s'installent, épreuve après épreuve :

عَنْ حُذَيْفَةَ قَالَ: سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ يَقُولُ: «تُعْرَضُ الْفِتَنُ عَلَى الْقُلُوبِ كَالْحَصِيرِ عُودًا عُودًا، فَأَيُّ قَلْبٍ أُشْرِبَهَا نُكِتَ فِيهِ نُكْتَةٌ سَوْدَاءُ، وَأَيُّ قَلْبٍ أَنْكَرَهَا نُكِتَ فِيهِ نُكْتَةٌ بَيْضَاءُ، حَتَّى تَصِيرَ عَلَى قَلْبَيْنِ: عَلَى أَبْيَضَ مِثْلِ الصَّفَا فَلَا تَضُرُّهُ فِتْنَةٌ مَا دَامَتِ السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ، وَالْآخَرُ أَسْوَدُ مُرْبَادًّا كَالْكُوزِ مُجَخِّيًا، لَا يَعْرِفُ مَعْرُوفًا وَلَا يُنْكِرُ مُنْكَرًا، إِلَّا مَا أُشْرِبَ مِنْ هَوَاهُ».

Hudhayfa : j'ai entendu le Messager d'Allah ﷺ dire : « Les épreuves sont présentées aux cœurs comme les brins d'une natte, un à un. Le cœur qui s'en abreuve reçoit une tache noire ; le cœur qui les repousse reçoit une tache blanche — jusqu'à ce qu'il y ait deux cœurs : l'un blanc comme le roc, qu'aucune épreuve ne pourra plus nuire tant que dureront les cieux et la terre ; l'autre noir, cendreux, comme une cruche renversée : il ne reconnaît plus le bien ni ne réprouve le mal, sinon ce dont sa passion s'est abreuvée. »

Muslim (n° 144), d'après Hudhayfa ibn al-Yamân.

Passons en revue les huit maladies principales, chacune avec son texte et son remède.

2. L'ignorance — la maladie qui rend la parole vide

Nous l'avons vu : la parole exige d'être connue (47:19, partie II). L'ignorance n'est pas un manque neutre : c'est un poison actif, parce que le cœur vide se remplit de n'importe quoi — superstitions, slogans, « spiritualités » du moment.

قَالَ ابْنُ الْقَيِّمِ فِي نُونِيَّتِهِ: وَالْجَهْلُ دَاءٌ قَاتِلٌ وَشِفَاؤُهُ ۝ أَمْرَانِ فِي التَّرْكِيبِ مُتَّفِقَانِ ۝ نَصٌّ مِنَ الْقُرْآنِ أَوْ مِنْ سُنَّةٍ ۝ وَطَبِيبُ ذَاكَ الْعَالِمُ الرَّبَّانِي. وَقَالَ عُمَرُ بْنُ الْخَطَّابِ: «تَفَقَّهُوا قَبْلَ أَنْ تُسَوَّدُوا».

Ibn al-Qayyim, dans sa Nûniyya : « L'ignorance est un mal mortel, et son remède se compose de deux choses réunies : un texte du Coran ou de la Sunna, et le médecin de ce mal est le savant rabbânî. » 'Umar : « Instruisez-vous avant qu'on ne vous mette à la tête des gens. »

Ibn al-Qayyim, al-Kâfiya ash-shâfiya (an-Nûniyya) ; 'Umar : al-Bukhârî, en suspension (Livre de la science).

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «مَنْ يُرِدِ اللَّهُ بِهِ خَيْرًا يُفَقِّهْهُ فِي الدِّينِ».

« Celui à qui Allah veut du bien, Il lui donne la compréhension de la religion. »

Al-Bukhârî (n° 71) et Muslim (n° 1037), d'après Mu'âwiya.

Remède : apprendre les bases auprès de sources sûres — le Coran, la Sunna, les explications des savants reconnus — plutôt que de laisser les réseaux nous « former » par fragments. Une heure de science par semaine change un cœur en un an.

3. Le doute — et ce qui n'est pas le doute

﴿إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ الَّذِينَ آمَنُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ ثُمَّ لَمْ يَرْتَابُوا وَجَاهَدُوا بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنفُسِهِمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ ۚ أُولَٰئِكَ هُمُ الصَّادِقُونَ﴾

« Les vrais croyants sont ceux qui croient en Allah et en Son Messager, puis ne doutent plus, et luttent de leurs biens et de leurs personnes pour la cause d'Allah : ceux-là sont les véridiques. » ✦

Coran 49:15

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنِّي رَسُولُ اللَّهِ، لَا يَلْقَى اللَّهَ بِهِمَا عَبْدٌ غَيْرَ شَاكٍّ فِيهِمَا إِلَّا دَخَلَ الْجَنَّةَ». وَجَاءَ نَاسٌ مِنْ أَصْحَابِهِ فَقَالُوا: إِنَّا نَجِدُ فِي أَنْفُسِنَا مَا يَتَعَاظَمُ أَحَدُنَا أَنْ يَتَكَلَّمَ بِهِ. قَالَ: «وَقَدْ وَجَدْتُمُوهُ؟» قَالُوا: نَعَمْ. قَالَ: «ذَاكَ صَرِيحُ الْإِيمَانِ».

« J'atteste qu'il n'est de divinité digne d'adoration qu'Allah et que je suis le Messager d'Allah : tout serviteur qui rencontre Allah avec ces deux paroles, sans en douter, entre au Paradis. » Des Compagnons vinrent lui dire : nous trouvons en nous des pensées que l'un de nous n'oserait pas prononcer. — « Vous les avez vraiment éprouvées ? » — Oui. — « C'est cela, la foi pure. »

Muslim (n° 27), d'après Abû Hurayra ; Muslim (n° 132), d'après Abû Hurayra.

Le doute-maladie est le rayb : la suspension de l'adhésion, l'esprit qui se demande si tout cela est vrai et s'installe dans la question. Il vient de la fréquentation des équivoques sans science, et sa cure est la science et la fréquentation des textes (« ne doutent plus » vient après « croient », non avant). Mais le hadith de Muslim n° 132 sauve des milliers de croyants d'une fausse culpabilité : les pensées qui traversent l'esprit et que l'on déteste — les insinuations (waswâs) sur Allah, sur la religion — ne sont pas le doute ; elles sont le signe d'une foi que Satan attaque parce qu'elle vaut la peine d'être attaquée. C'est la foi pure : la répulsion que l'on ressent est la preuve de la foi. Le Prophète ﷺ a donné la conduite : « qu'il cherche refuge en Allah et qu'il s'arrête » (Muslim n° 134) — on ne discute pas avec une insinuation, on la congédie.

4. L'orgueil — la maladie qui refuse la parole

﴿وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلَائِكَةِ اسْجُدُوا لِآدَمَ فَسَجَدُوا إِلَّا إِبْلِيسَ أَبَىٰ وَاسْتَكْبَرَ وَكَانَ مِنَ الْكَافِرِينَ﴾ … ﴿إِنَّهُمْ كَانُوا إِذَا قِيلَ لَهُمْ لَا إِلَٰهَ إِلَّا اللَّهُ يَسْتَكْبِرُونَ﴾

« Lorsque Nous dîmes aux anges : "Prosternez-vous devant Adam", ils se prosternèrent, sauf Iblîs, qui refusa, s'enfla d'orgueil et fut du nombre des mécréants. » … « Lorsqu'on leur disait : il n'est de divinité qu'Allah, ils s'enflaient d'orgueil. » ✦

Coran 2:34 ; 37:35

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «لَا يَدْخُلُ الْجَنَّةَ مَنْ كَانَ فِي قَلْبِهِ مِثْقَالُ ذَرَّةٍ مِنْ كِبْرٍ». قَالَ رَجُلٌ: إِنَّ الرَّجُلَ يُحِبُّ أَنْ يَكُونَ ثَوْبُهُ حَسَنًا وَنَعْلُهُ حَسَنَةً. قَالَ: «إِنَّ اللَّهَ جَمِيلٌ يُحِبُّ الْجَمَالَ، الْكِبْرُ: بَطَرُ الْحَقِّ، وَغَمْطُ النَّاسِ».

« N'entrera pas au Paradis celui qui a dans le cœur le poids d'un atome d'orgueil. » Un homme dit : mais on aime avoir un beau vêtement et de belles sandales ! — « Allah est Beau et Il aime la beauté. L'orgueil, c'est rejeter la vérité et mépriser les gens. »

Muslim (n° 91), d'après Ibn Mas'ûd.

L'orgueil est la première faute de l'univers — celle d'Iblîs, qui ne nia pas Allah mais refusa de Lui obéir en jugeant son propre avis meilleur — et c'est la maladie qui empêche d'entrer dans la parole : les Mecquois s'enorgueillissaient devant lâ ilâha illa Allâh. Sa définition prophétique est chirurgicale : rejeter la vérité (quand elle vient d'un autre, quand elle contredit ce qu'on a dit, quand elle demande de changer) et mépriser les gens. L'orgueil moderne a un visage spécial : l'orgueil intellectuel — « je ne me soumets à rien », « la religion, c'est pour ceux qui ont besoin de béquilles ». Le remède des anciens est un miroir : « son commencement est une goutte souillée, sa fin un cadavre, et entre les deux il transporte des excréments » — parole d'un ancien que rapporte Ibn al-Qayyim ; qui s'en souvient ne s'enfle plus.

5. L'ostentation — le shirk mineur qui vide les œuvres

﴿وَمَا أُمِرُوا إِلَّا لِيَعْبُدُوا اللَّهَ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ حُنَفَاءَ﴾ … ﴿فَوَيْلٌ لِّلْمُصَلِّينَ ۝ الَّذِينَ هُمْ عَن صَلَاتِهِمْ سَاهُونَ ۝ الَّذِينَ هُمْ يُرَاءُونَ﴾

« Il ne leur a été ordonné que d'adorer Allah en Lui vouant un culte exclusif et sincère, en monothéistes purs. » … « Malheur à ceux qui prient, qui négligent leur prière, qui la font pour être vus. » ✦

Coran 98:5 ; 107:4-6

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «قَالَ اللَّهُ تَبَارَكَ وَتَعَالَى: أَنَا أَغْنَى الشُّرَكَاءِ عَنِ الشِّرْكِ، مَنْ عَمِلَ عَمَلًا أَشْرَكَ فِيهِ مَعِي غَيْرِي تَرَكْتُهُ وَشِرْكَهُ». وَقَالَ: «إِنَّ أَخْوَفَ مَا أَخَافُ عَلَيْكُمُ الشِّرْكُ الْأَصْغَرُ». قَالُوا: وَمَا الشِّرْكُ الْأَصْغَرُ يَا رَسُولَ اللَّهِ؟ قَالَ: «الرِّيَاءُ».

« Allah, béni et exalté, a dit : Je suis, de tous les associés, Celui qui a le moins besoin d'association ; quiconque accomplit une œuvre dans laquelle il M'associe un autre, Je l'abandonne, lui et son association. » Et : « Ce que je crains le plus pour vous, c'est le shirk mineur. » — Qu'est-ce que le shirk mineur, ô Messager d'Allah ? — « L'ostentation. »

Muslim (n° 2985), hadith qudsî, d'après Abû Hurayra ; Ahmad (n° 23630), d'après Mahmûd ibn Labîd — chaîne jugée bonne.

Le hadith de Muslim n° 1905 raconte les trois premiers hommes jetés au Feu : un « martyr » qui combattait pour qu'on dise « quel brave », un savant et récitant pour qu'on dise « quel savant », un homme généreux pour qu'on dise « quel généreux » — trois actes admirables, trois idoles cachées : le regard des gens. L'ostentation est appelée shirk parce qu'elle fait exactement ce que fait le shirk : elle donne à une créature ce qui appartient à Allah — l'intention. Et le Prophète ﷺ, interrogé sur le plus heureux bénéficiaire de son intercession, répondit : « Celui qui dit lâ ilâha illa Allâh sincèrement, du fond de son cœur » (al-Bukhârî n° 99).

قَالَ سُفْيَانُ الثَّوْرِيُّ: «مَا عَالَجْتُ شَيْئًا أَشَدَّ عَلَيَّ مِنْ نِيَّتِي، إِنَّهَا تَتَقَلَّبُ عَلَيَّ». وَقَالَ عَبْدُ اللَّهِ بْنُ الْمُبَارَكِ: «رُبَّ عَمَلٍ صَغِيرٍ تُعَظِّمُهُ النِّيَّةُ، وَرُبَّ عَمَلٍ كَبِيرٍ تُصَغِّرُهُ النِّيَّةُ». وَقَالَ ابْنُ الْقَيِّمِ: «لَا يَجْتَمِعُ الْإِخْلَاصُ فِي الْقَلْبِ وَمَحَبَّةُ الْمَدْحِ وَالثَّنَاءِ وَالطَّمَعُ فِيمَا عِنْدَ النَّاسِ إِلَّا كَمَا يَجْتَمِعُ الْمَاءُ وَالنَّارُ وَالضَّبُّ وَالْحُوتُ».

Sufyân ath-Thawrî : « Je n'ai rien traité de plus difficile que mon intention : elle ne cesse de se retourner contre moi. » Ibn al-Mubârak : « Que d'œuvres petites que l'intention rend grandes ; que d'œuvres grandes que l'intention rend petites. » Ibn al-Qayyim : « La sincérité ne cohabite dans un cœur avec l'amour de l'éloge, de la louange et la convoitise de ce que possèdent les gens, que comme cohabitent l'eau et le feu, le lézard du désert et le poisson. »

Sufyân : Abû Nu'aym, Hilyat al-awliyâ' ; Ibn al-Mubârak : cité par Ibn Rajab, Jâmi' al-'ulûm wa-l-hikam (hadith 1) ; Ibn al-Qayyim, al-Fawâ'id.

La forme moderne : la piété filmée, la charité publiée, la « spiritualité » comme contenu, le like comme récompense. Aucune époque n'a autant industrialisé le « pour qu'on dise ». Remède : cacher une part de ses œuvres — avoir une aumône que nul ne connaît, une prière que nul ne voit — et se rappeler que celui qui regarde ne peut ni donner le Paradis ni en priver.

6. L'envie — la maladie qui conteste le partage

﴿وَلَا تَتَمَنَّوْا مَا فَضَّلَ اللَّهُ بِهِ بَعْضَكُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ ۚ لِّلرِّجَالِ نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبُوا ۖ وَلِلنِّسَاءِ نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبْنَ ۚ وَاسْأَلُوا اللَّهَ مِن فَضْلِهِ﴾ … ﴿أَمْ يَحْسُدُونَ النَّاسَ عَلَىٰ مَا آتَاهُمُ اللَّهُ مِن فَضْلِهِ﴾

« Ne convoitez pas ce par quoi Allah a favorisé certains d'entre vous par rapport à d'autres… Demandez plutôt à Allah de Sa grâce. » … « Envient-ils les gens pour ce qu'Allah leur a donné de Sa grâce ? » ✦

Coran 4:32 ; 4:54 (voir aussi 113:5)

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «لَا تَحَاسَدُوا، وَلَا تَنَاجَشُوا، وَلَا تَبَاغَضُوا، وَلَا تَدَابَرُوا … وَكُونُوا عِبَادَ اللَّهِ إِخْوَانًا». وَقَالَ: «لَا حَسَدَ إِلَّا فِي اثْنَتَيْنِ: رَجُلٌ آتَاهُ اللَّهُ مَالًا فَسُلِّطَ عَلَى هَلَكَتِهِ فِي الْحَقِّ، وَرَجُلٌ آتَاهُ اللَّهُ الْحِكْمَةَ فَهُوَ يَقْضِي بِهَا وَيُعَلِّمُهَا».

« Ne vous enviez pas, ne surenchérissez pas les uns contre les autres, ne vous haïssez pas, ne vous tournez pas le dos… et soyez, serviteurs d'Allah, des frères. » Et : « Il n'y a d'envie [légitime] qu'en deux cas : un homme à qui Allah a donné des biens et qui les dépense pour la vérité, et un homme à qui Allah a donné la sagesse et qui juge par elle et l'enseigne. »

Muslim (n° 2564), d'après Abû Hurayra ; al-Bukhârî (n° 73) et Muslim (n° 816), d'après Ibn Mas'ûd.

قَالَ ابْنُ تَيْمِيَّةَ: «الْحَسَدُ … هُوَ الْبُغْضُ وَالْكَرَاهَةُ لِمَا يَرَاهُ مِنْ حُسْنِ حَالِ الْمَحْسُودِ». وَذَكَرَ عَنْ بَعْضِ السَّلَفِ: «مَا خَلَا جَسَدٌ مِنْ حَسَدٍ، لَكِنَّ اللَّئِيمَ يُبْدِيهِ وَالْكَرِيمَ يُخْفِيهِ».

Ibn Taymiyya : « L'envie est la haine et la répugnance devant la bonne situation de celui qu'on envie. » Et, citant certains anciens : « Aucun corps n'est exempt d'envie ; mais le vil la montre et le noble la cache. »

Ibn Taymiyya, Amrâd al-qulûb wa-shifâ'uhâ (Majmû' al-fatâwâ, t. 10).

L'envie touche au tawhîd plus qu'on ne le croit : c'est une objection contre le Partageur. Envier, c'est dire que la répartition d'Allah est injuste et que ce bien aurait dû être à moi. Le verset 4:32 corrige la direction du regard en une phrase : demandez à Allah de Sa grâce — Il n'est pas à court. La seule envie licite est l'émulation (ghibta) : vouloir la même chose sans souhaiter que l'autre la perde. La forme moderne : les réseaux sont une machine à comparer — vies mises en scène, réussites affichées — qui produit l'envie à l'échelle industrielle. Remède : invoquer pour celui qu'on envie (l'envie meurt quand on souhaite le bien à sa cible), compter ses propres bienfaits, et fermer la fenêtre par laquelle entre la comparaison.

7. L'hypocrisie — la maladie de la parole sans le cœur

﴿إِذَا جَاءَكَ الْمُنَافِقُونَ قَالُوا نَشْهَدُ إِنَّكَ لَرَسُولُ اللَّهِ ۗ وَاللَّهُ يَعْلَمُ إِنَّكَ لَرَسُولُهُ وَاللَّهُ يَشْهَدُ إِنَّ الْمُنَافِقِينَ لَكَاذِبُونَ﴾

« Quand les hypocrites viennent à toi, ils disent : "Nous attestons que tu es le Messager d'Allah." Allah sait que tu es Son Messager — et Allah atteste que les hypocrites sont des menteurs. » ✦

Coran 63:1

Ce verset est le plus impressionnant commentaire du mot attester : des hommes prononcent la seconde moitié de la shahâda — mot pour mot, nashhadu — et Allah les appelle menteurs. Non que la phrase soit fausse : elle est vraie, et Allah le confirme ; mais eux mentent en la disant, parce qu'ils attestent avec la langue ce que le cœur ne tient pas. L'hypocrisie majeure, celle des Munâfiqûn de Médine, est une mécréance dissimulée ; l'hypocrisie mineure, dite « pratique », est un comportement qui leur ressemble :

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «آيَةُ الْمُنَافِقِ ثَلَاثٌ: إِذَا حَدَّثَ كَذَبَ، وَإِذَا وَعَدَ أَخْلَفَ، وَإِذَا اؤْتُمِنَ خَانَ».

« Les signes de l'hypocrite sont trois : quand il parle, il ment ; quand il promet, il manque à sa promesse ; quand on lui confie un dépôt, il trahit. »

Al-Bukhârî (n° 33) et Muslim (n° 59), d'après Abû Hurayra.

قَالَ ابْنُ أَبِي مُلَيْكَةَ: «أَدْرَكْتُ ثَلَاثِينَ مِنْ أَصْحَابِ النَّبِيِّ ﷺ كُلُّهُمْ يَخَافُ النِّفَاقَ عَلَى نَفْسِهِ، مَا مِنْهُمْ أَحَدٌ يَقُولُ إِنَّهُ عَلَى إِيمَانِ جِبْرِيلَ وَمِيكَائِيلَ». وَقَالَ الْحَسَنُ الْبَصْرِيُّ عَنِ النِّفَاقِ: «مَا خَافَهُ إِلَّا مُؤْمِنٌ، وَلَا أَمِنَهُ إِلَّا مُنَافِقٌ».

Ibn Abî Mulayka : « J'ai connu trente Compagnons du Prophète ﷺ ; tous craignaient l'hypocrisie pour eux-mêmes, et aucun ne prétendait avoir la foi de Jibrîl et de Mîkâ'îl. » Al-Hasan al-Basrî, sur l'hypocrisie : « Seul un croyant la craint, et seul un hypocrite s'en croit à l'abri. »

Al-Bukhârî, en suspension (Livre de la foi, chapitre sur la crainte du croyant que ses œuvres soient annulées).

La forme moderne : l'islam d'identité sans islam de foi — le musulman « de carte d'identité » qui défend l'islam en public et ne prie pas en privé ; ou l'inverse, la piété d'apparence et la double vie. Remède : la crainte que les Compagnons portaient ; la véracité dans les trois signes (parole, promesse, dépôt) ; et la prière, dont le hadith dit que la plus lourde pour les hypocrites est celle de l'aube et de la nuit (al-Bukhârî n° 657, Muslim n° 651).

8. Le regard des gens — la maladie qui déplace la crainte

عَنْ عَائِشَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهَا أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ قَالَ: «مَنِ الْتَمَسَ رِضَا اللَّهِ بِسَخَطِ النَّاسِ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ وَأَرْضَى عَنْهُ النَّاسَ، وَمَنِ الْتَمَسَ رِضَا النَّاسِ بِسَخَطِ اللَّهِ سَخِطَ اللَّهُ عَلَيْهِ وَأَسْخَطَ عَلَيْهِ النَّاسَ».

« Quiconque recherche l'agrément d'Allah au prix du mécontentement des gens, Allah l'agrée et rend les gens satisfaits de lui ; quiconque recherche l'agrément des gens au prix du mécontentement d'Allah, Allah est mécontent de lui et rend les gens mécontents de lui. »

At-Tirmidhî (n° 2414) et Ibn Hibbân (n° 276), d'après 'Â'isha — rapporté aussi comme parole de 'Â'isha elle-même ; authentifié par plusieurs vérificateurs.

﴿الَّذِينَ يُبَلِّغُونَ رِسَالَاتِ اللَّهِ وَيَخْشَوْنَهُ وَلَا يَخْشَوْنَ أَحَدًا إِلَّا اللَّهَ ۗ وَكَفَىٰ بِاللَّهِ حَسِيبًا﴾ … ﴿الَّذِينَ قَالَ لَهُمُ النَّاسُ إِنَّ النَّاسَ قَدْ جَمَعُوا لَكُمْ فَاخْشَوْهُمْ فَزَادَهُمْ إِيمَانًا وَقَالُوا حَسْبُنَا اللَّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ﴾

« Ceux qui transmettent les messages d'Allah, Le craignent, et ne craignent personne d'autre que Lui — Allah suffit pour tenir les comptes. » … « Ceux à qui les gens dirent : "les gens se sont rassemblés contre vous, craignez-les !" — et cela ne fit qu'accroître leur foi ; ils dirent : "Allah nous suffit, quel excellent Garant !" » ✦

Coran 33:39 ; 3:173

قَالَ الشَّافِعِيُّ: «رِضَا النَّاسِ غَايَةٌ لَا تُدْرَكُ، فَعَلَيْكَ بِمَا يُصْلِحُكَ فَالْزَمْهُ». وَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ لِابْنِ عَبَّاسٍ: «وَاعْلَمْ أَنَّ الْأُمَّةَ لَوِ اجْتَمَعَتْ عَلَى أَنْ يَنْفَعُوكَ بِشَيْءٍ لَمْ يَنْفَعُوكَ إِلَّا بِشَيْءٍ قَدْ كَتَبَهُ اللَّهُ لَكَ، وَلَوِ اجْتَمَعُوا عَلَى أَنْ يَضُرُّوكَ بِشَيْءٍ لَمْ يَضُرُّوكَ إِلَّا بِشَيْءٍ قَدْ كَتَبَهُ اللَّهُ عَلَيْكَ».

Ash-Shâfi'î : « L'agrément des gens est un but inaccessible ; attache-toi donc à ce qui te rend meilleur et tiens-t'y. » Et le Prophète ﷺ dit à Ibn 'Abbâs : « Sache que si la communauté entière se réunissait pour te faire du bien, elle ne te ferait que ce qu'Allah a écrit pour toi ; et si elle se réunissait pour te nuire, elle ne te nuirait que par ce qu'Allah a écrit contre toi. »

Ash-Shâfi'î : al-Bayhaqî, Manâqib ash-Shâfi'î ; adh-Dhahabî, Siyar a'lâm an-nubalâ'. Hadith : at-Tirmidhî (n° 2516, « hasan sahîh »).

La crainte des gens est une maladie du tawhîd parce que la crainte révérencielle est une adoration (3:175, partie IV) : qui a peur du jugement des hommes au point de taire sa foi, d'abandonner sa prière, de rougir de sa religion, a déplacé sa crainte vers une créature. La forme moderne est familière à tout musulman de France : la pression du regard au travail, dans la famille, dans la rue — la honte de son islam. Remède : la certitude d'Ibn 'Abbâs — les gens ne peuvent ni nuire ni servir sans le décret — et la parole d'ash-Shâfi'î : ils ne seront jamais tous contents ; autant contenter Celui qui compte.

9. La négligence et l'endurcissement — la maladie qui éteint la parole

﴿أَلَمْ يَأْنِ لِلَّذِينَ آمَنُوا أَن تَخْشَعَ قُلُوبُهُمْ لِذِكْرِ اللَّهِ وَمَا نَزَلَ مِنَ الْحَقِّ وَلَا يَكُونُوا كَالَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ مِن قَبْلُ فَطَالَ عَلَيْهِمُ الْأَمَدُ فَقَسَتْ قُلُوبُهُمْ ۖ وَكَثِيرٌ مِّنْهُمْ فَاسِقُونَ﴾ … ﴿اقْتَرَبَ لِلنَّاسِ حِسَابُهُمْ وَهُمْ فِي غَفْلَةٍ مُّعْرِضُونَ﴾

« Le moment n'est-il pas venu pour les croyants que leurs cœurs s'humilient à l'évocation d'Allah et devant la vérité descendue, et qu'ils ne soient pas comme ceux qui reçurent l'Écriture avant eux : le temps leur parut long, et leurs cœurs s'endurcirent, et beaucoup d'entre eux sont pervers. » … « Le compte des hommes approche, et eux, dans l'insouciance, se détournent. » ✦

Coran 57:16 ; 21:1 (voir aussi 7:179)

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «إِنَّ الْعَبْدَ إِذَا أَخْطَأَ خَطِيئَةً نُكِتَتْ فِي قَلْبِهِ نُكْتَةٌ سَوْدَاءُ، فَإِذَا هُوَ نَزَعَ وَاسْتَغْفَرَ وَتَابَ سُقِلَ قَلْبُهُ، وَإِنْ عَادَ زِيدَ فِيهَا حَتَّى تَعْلُوَ قَلْبَهُ، وَهُوَ الرَّانُ الَّذِي ذَكَرَ اللَّهُ: ﴿كَلَّا ۖ بَلْ ۜ رَانَ عَلَىٰ قُلُوبِهِم مَّا كَانُوا يَكْسِبُونَ﴾».

« Lorsque le serviteur commet une faute, une tache noire est déposée sur son cœur ; s'il s'en détache, demande pardon et se repent, son cœur est poli ; s'il récidive, elle grandit jusqu'à couvrir son cœur : c'est la rouille dont Allah a parlé — "Non ! Plutôt : ce qu'ils acquéraient a rouillé leurs cœurs." »

At-Tirmidhî (n° 3334, « hasan sahîh »), d'après Abû Hurayra ; Ibn Mâjah (n° 4244).

قَالَ مَالِكُ بْنُ دِينَارٍ: «مَا ضُرِبَ عَبْدٌ بِعُقُوبَةٍ أَعْظَمَ مِنْ قَسْوَةِ الْقَلْبِ». وَقَالَ ابْنُ الْقَيِّمِ: «وَمِنْ عُقُوبَاتِ الذُّنُوبِ: أَنَّهَا تُضْعِفُ الْقَلْبَ عَنْ إِرَادَةِ الْخَيْرِ … وَتُعْمِي الْبَصِيرَةَ، وَتُطْفِئُ نُورَ الْقَلْبِ».

Mâlik ibn Dînâr : « Aucun serviteur n'a été frappé d'une punition plus grande que la dureté du cœur. » Ibn al-Qayyim : « Parmi les châtiments des péchés : ils affaiblissent le cœur dans son vouloir du bien… ils aveuglent la clairvoyance et éteignent la lumière du cœur. »

Mâlik ibn Dînâr : cité par Ibn al-Qayyim, al-Fawâ'id ; Ibn al-Qayyim, al-Jawâb al-kâfî (ad-Dâ' wa-d-dawâ'), chapitre sur les effets des péchés.

La rouille ne vient pas d'un grand péché mais de l'accumulation des petits, non repentis ; et le verset 27:14 révèle la fin du processus : « ils les nièrent, alors que leurs âmes en avaient la certitude, par injustice et orgueil » — la vérité est encore là, sous la rouille, mais la couche est devenue trop épaisse pour que la lumière passe. C'est ainsi que meurent les paroles : non par une révolte, mais par une lente insensibilité, jusqu'au jour où le rappel « n'entre plus ». Al-Fudayl ibn 'Iyâd, brigand de grand chemin, entendit réciter le moment n'est-il pas venu… et répondit : « Si, Seigneur, il est venu » — et devint l'un des plus grands hommes de sa génération. Remède : le rappel (13:28), le Coran écouté avec le cœur, la visite des tombes « car elle rappelle l'au-delà » (Muslim n° 976), les larmes dans le secret, et le repentir répété qui polit — c'est le mot du hadith — ce que la faute a terni.

10. Tableau de synthèse

Maladie Racine Ce qu'elle attaque Texte-clef Remède principal
Ignorance Équivoque La connaissance de la parole 47:19 ; Nûniyya Science auprès de sources sûres
Doute Équivoque La certitude 49:15 ; Muslim 27 Science, textes, congédier les insinuations (Muslim 134)
Orgueil Désir L'acceptation 2:34 ; Muslim 91 Se souvenir de son origine et de sa fin
Ostentation Désir La sincérité 98:5 ; Muslim 2985 Œuvres cachées ; se souvenir que les gens ne donnent ni Paradis ni Enfer
Envie Désir L'agrément du décret 4:32 ; Muslim 2564 Invoquer pour l'envié ; demander à Allah de Sa grâce
Hypocrisie Désir La véracité 63:1 ; Bukhârî 33 Craindre pour soi (Ibn Abî Mulayka) ; véracité des trois signes
Crainte des gens Désir La crainte due à Allah 33:39 ; Tirmidhî 2516 Certitude que nul ne nuit ni ne sert sans le décret
Négligence Les deux La vie de la parole 57:16 ; Tirmidhî 3334 Rappel, Coran, repentir qui « polit »
Fawâ'id

  • Deux racines pour huit maladies : l'équivoque (contre la connaissance) et le désir (contre la soumission) ; deux remèdes de fond : la certitude et la patience (32:24).
  • Le cœur se noircit brin par brin (Muslim 144) et se rouille faute par faute (Tirmidhî 3334) : ce ne sont pas les grandes chutes qui tuent la parole, c'est l'absence de repentir sur les petites.
  • Les Compagnons craignaient l'hypocrisie pour eux-mêmes ; celui qui s'en croit à l'abri montre par là qu'il est atteint (al-Hasan).
  • L'ostentation est le shirk que le Prophète ﷺ redoutait le plus pour sa communauté — non les idoles de pierre.
Leçon contemporaine

Nos sociétés ont industrialisé trois de ces maladies : l'ostentation (tout se filme), l'envie (tout se compare), la crainte des gens (tout se juge). Le remède n'est pas de fuir le monde, mais de garder une chambre fermée dans son cœur — des œuvres que personne ne connaît, des bienfaits que l'on compte pour soi, une crainte qui n'a qu'un seul destinataire. Celui qui garde cette chambre garde sa parole.