La foi aux anges — IV. Une journée avec les anges

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Voici, à notre avis, la partie qui fera pour vous ce que cinquante pages d’énumération ne feraient pas. Nous allons suivre une journée ordinaire d’un musulman ordinaire — pas un savant, pas un ascète : vous — et signaler, à chaque étape, ce que les textes authentiques disent qu’il se passe de l’autre côté. Tous les hadiths mobilisés ici ont déjà été cités avec leur référence en partie III ; nous ne faisons que les remettre à leur place, c’est-à-dire dans votre journée.

Avant l’aube : la relève

Vous vous réveillez difficilement. Ce que vous ne voyez pas, c’est qu’à cet instant précis deux équipes se croisent. Des anges se relaient auprès de vous, les uns la nuit, les autres le jour, et ils se rencontrent à la prière de l’aube. Ceux qui ont veillé sur vous cette nuit vont remonter, et il leur sera demandé : dans quel état avez-vous laissé Mes serviteurs ?

Comprenez bien ce que cela implique. La question n’est pas rhétorique dans le récit : c’est la dernière image de vous que la garde de nuit emporte en remontant. Et la réponse la plus belle que rapporte le hadith est celle-ci : nous les avons laissés en prière, et nous les avions trouvés en prière. Se lever pour le fajr, c’est se lever exactement au moment où l’on parle de vous là-haut.

« Accomplis la prière du déclin du soleil jusqu’à l’obscurité de la nuit, ainsi que la prière de l’aube à laquelle les anges viennent assister »

Coran 17:78

Le verset le dit en toutes lettres : la récitation de l’aube est mashhûda — attestée, assistée. Vous n’êtes pas seul dans la pièce sombre. Vous êtes le seul humain de la pièce, ce n’est pas la même chose.

Le matin : deux greffiers prennent leur poste

Vous parlez. Vous plaisantez, vous râlez dans les embouteillages, vous dites une parole gentille à quelqu’un qui n’y était pas préparé. Il ne prononce aucun mot sans avoir à ses côtés un ange prêt à le consigner (50:18).

Deux choses à retenir, et la seconde est plus importante que la première. D’abord, cela discipline la langue — non par terreur policière, mais par dignité : ce que je dis mérite-t-il l’encre d’un noble scribe ? Ensuite, et surtout : rien de bon ne s’évapore. Le mot d’encouragement que personne n’a entendu, l’euro glissé sans témoin, la patience tenue derrière une porte fermée : tout est inscrit par des créatures qui ne dorment pas et qui n’oublient rien.

Et l’intention seule compte déjà. Vous avez pensé à appeler votre mère, la journée vous a emporté, vous ne l’avez pas fait : la bonne action projetée est inscrite. Vous avez failli répondre méchamment, vous vous êtes tu pour Allah : c’est inscrit en bien. Il faut relire cela plusieurs fois pour y croire.

En chemin vers un cours, une conférence, un livre

Vous prenez le métro pour un cours de religion, ou vous ouvrez ce dossier. Le Prophète ﷺ a dit que les anges abaissent leurs ailes pour celui qui recherche la science, par agrément pour ce qu’il fait.

Notez la formulation exacte du hadith : il ne s’agit pas du savant reconnu, du diplômé, de celui qui enseigne. Il s’agit de celui qui sort de chez lui pour apprendre. Le geste angélique décrit — abaisser l’aile — est dans la langue arabe un geste d’humilité et de tendresse, celui-là même que le Coran commande au croyant envers ses parents (17:24). Des créatures immenses font ce geste pour un débutant qui va à un cours.

Dans la journée : une invocation pour quelqu’un d’autre

Voici le hadith le plus immédiatement utilisable de tout le dossier.

« L’invocation d’un musulman pour son frère en son absence est exaucée. Il y a auprès de sa tête un ange mandaté : chaque fois qu’il invoque en faveur de son frère, l’ange mandaté dit : « Âmîn, et pour toi de même. » »

Muslim (n° 2732), d’après Abû ad-Dardâ’

Arrêtons-nous, parce que c’est extraordinaire. Vous pensez à quelqu’un — un ami au chômage, une sœur malade, un parent qui s’est éloigné de la religion — et vous demandez pour lui, sincèrement, sans qu’il le sache. À cet instant, un ange posté au-dessus de votre tête répond, et il ne se contente pas de dire âmîn : il retourne la demande vers vous. Et pour toi de même.

La règle pratique qui en découle est presque trop simple pour être crue : vous voulez un bien pour vous ? Demandez-le sincèrement pour un autre. La doctrine angélique devient ici une méthode de vie, et une méthode qui guérit exactement les maladies dont souffre notre époque — l’envie, la comparaison, l’obsession de soi.

Une visite à l’hôpital

Un frère est hospitalisé. Vous hésitez : vous ne savez pas quoi dire, vous avez peur d’être maladroit, vous êtes fatigué.

« Nul musulman ne rend visite à un musulman malade au matin sans que soixante-dix mille anges ne prient pour lui jusqu’au soir ; et s’il lui rend visite le soir, soixante-dix mille anges prient pour lui jusqu’au matin. »

At-Tirmidhî (n° 969) et Abû Dâwûd (n° 3098), d’après ‘Alî — jugé hasan

Ce hadith est de degré hasan, et nous le signalons comme tel. Mais à ce degré, il est recevable, et il transfigure un acte que nous traitons comme une corvée sociale. Vous entrez dans une chambre d’hôpital avec des fruits maladroitement choisis ; soixante-dix mille créatures de lumière entrent en prière pour vous jusqu’au coucher du soleil.

Le vendredi : une liste d’arrivée

Le vendredi, quelque chose d’inattendu se produit à la porte de la mosquée.

« Lorsque vient le jour du vendredi, il y a à chaque porte de la mosquée des anges qui inscrivent les gens dans l’ordre de leur arrivée. […] Puis, lorsque l’imam monte en chaire, ils replient leurs feuillets et viennent écouter le rappel. »

Al-Bukhârî (n° 929) et Muslim (n° 850), d’après Abû Hurayra

Il y a donc, littéralement, un registre d’entrée tenu par des anges — et il se ferme quand le prêche commence. Deux leçons. La première, très concrète : arriver tôt à la mosquée le vendredi n’est pas une performance de pieux, c’est une place sur une liste. La seconde, plus douce : les anges eux-mêmes s’assoient pour écouter le sermon. L’assemblée du vendredi n’est pas seulement humaine.

Le soir : la récitation, et la pièce qui se remplit

Vous rentrez, la maison est calme, vous ouvrez le Coran et vous récitez à voix basse. Écoutez ce qui est arrivé à un Compagnon, une nuit, dans son enclos.

« Usayd ibn Hudayr récitait la nuit sourate Al-Baqara, et son cheval était attaché près de lui. Le cheval s’agita. Il se tut, et le cheval se calma. Il récita de nouveau, le cheval s’agita de nouveau. […] Il leva la tête vers le ciel et vit comme une nuée dans laquelle brillaient des lampes. Au matin il en informa le Prophète ﷺ, qui lui dit : « Récite, ô Usayd ! » […] puis : « C’étaient les anges qui écoutaient ta récitation. Si tu avais continué, les gens les auraient vus au matin, ils ne se seraient pas dissimulés à eux. » »

Al-Bukhârî (n° 5018) et Muslim (n° 796), d’après Usayd ibn Hudayr

Un homme, la nuit, un cheval, une récitation — et le ciel se rapproche. Ce hadith mérite d’être médité longtemps, parce qu’il déplace tout. Ce n’est pas l’homme qui monte laborieusement vers le monde angélique : ce sont les anges qui descendent parce qu’un serviteur récite. Aucune condition d’érudition, aucune assemblée, aucune mosquée : un homme seul, et un texte.

La formule à retenir, et à écrire quelque part chez vous : vous récitez le Coran seul — mais vous n’êtes peut-être pas seul.

Une note de prudence, car ce dossier ne brode pas : le cheval a réagi à quelque chose que son maître ne comprenait pas d’abord. On peut en tirer une réflexion — le fait qu’un humain ne perçoive pas quelque chose ne signifie pas qu’aucune créature ne le perçoit — mais on n’en tirera pas une théorie générale selon laquelle « les animaux voient les anges ». Le hadith ne dit pas cela.

La nuit : ce qui continue pendant que vous dormez

Vous dormez. Le monde invisible, lui, ne s’arrête pas : la garde de nuit prend son poste, le ciel « grince » sous la densité des prosternations, les porteurs du Trône continuent de demander pardon pour ceux qui se repentent et suivent Ta voie — c’est-à-dire pour vous, nommément, sans vous connaître, pendant votre sommeil.