Étape 9 — Le Bassin

ÉTAPE 09 Le Bassin

Le grand voyage — de l’agonie aux portes de l’Enfer

En une phrase : le Prophète ﷺ attend sa communauté à un bassin large comme un mois de marche, à l’eau plus blanche que le lait, alimenté depuis le fleuve al-Kawthar du Paradis ; quiconque y boit n’aura plus jamais soif, et des hommes qu’il reconnaît en sont écartés.

Al-Kawthar et le Bassin : ce qui les lie et ce qui les distingue

  • Al-Kawthar est un fleuve du Paradis, donné au Prophète ﷺ : « un fleuve que mon Seigneur m’a promis au Paradis » (al-Bukhârî 4964 ; Muslim 400).
  • Le Bassin (al-Hawd) est dans la plaine du Jugement, avant l’entrée au Paradis ; c’est là que la communauté vient boire.
  • Le lien : deux conduits venant du Paradis se déversent dans le Bassin (Muslim 2300, d’après Thawbân : « deux gouttières y déversent depuis le Paradis ») ; le Bassin est donc alimenté par al-Kawthar, sans être le fleuve lui-même. C’est la conciliation retenue par an-Nawawî (Sharh Muslim, Kitâb al-Fadâ’il, bâb ithbât hawd nabiyyinâ) et Ibn Hajar (Fath al-Bârî, Kitâb ar-Riqâq, bâb fî al-hawd).

Place du Bassin dans la chronologie : position retenue et divergence

Le dossier place le Bassin après la Grande Intercession et avant le Pont : c’est la lecture d’al-Qurtubî (at-Tadhkira, chapitre sur le Bassin), suivie par la majorité, parce que la soif y est la plus intense et que certains en sont écartés vers le Feu. D’autres savants l’ont placé après le Pont, à l’entrée du Paradis ; Ibn Hajar (Fath al-Bârî, Kitâb ar-Riqâq) rapporte la divergence et penche pour la première lecture. À l’antenne : dire « selon la chronologie retenue par la majorité des savants ». Voir annexe E.

Les textes

إِنَّآ أَعْطَيْنَٰكَ الْكَوْثَرَ ﴿1﴾ فَصَلِّ لِرَبِّكَ وَانْحَرْ ﴿2﴾ إِنَّ شَانِئَكَ هُوَ الْأَبْتَرُ ﴿3﴾

Nous t’avons certes accordé l’Abondance (al-Kawthar). Prie donc ton Seigneur et sacrifie. C’est celui qui te hait qui sera sans postérité.

Coran 108:1-3

عَنِ ابْنِ أَبِي مُلَيْكَةَ، قَالَ قَالَ عَبْدُ اللَّهِ بْنُ عَمْرٍو قَالَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم  » حَوْضِي مَسِيرَةُ شَهْرٍ، مَاؤُهُ أَبْيَضُ مِنَ اللَّبَنِ، وَرِيحُهُ أَطْيَبُ مِنَ الْمِسْكِ، وَكِيزَانُهُ كَنُجُومِ السَّمَاءِ، مَنْ شَرِبَ مِنْهَا فَلاَ يَظْمَأُ أَبَدًا « 

« Mon Bassin a la largeur d’un mois de marche ; ses côtés sont égaux ; son eau est plus blanche que le lait et son parfum meilleur que le musc ; ses coupes sont comme les étoiles du ciel ; quiconque y boit n’aura plus jamais soif. »

Al-Bukhârî (6579) et Muslim (2292), d’après ‘Abdullâh ibn ‘Amr

عَنْ أَنَسٍ، قَالَ بَيْنَا رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم ذَاتَ يَوْمٍ بَيْنَ أَظْهُرِنَا إِذْ أَغْفَى إِغْفَاءَةً ثُمَّ رَفَعَ رَأْسَهُ مُتَبَسِّمًا فَقُلْنَا مَا أَضْحَكَكَ يَا رَسُولَ اللَّهِ قَالَ  » أُنْزِلَتْ عَلَىَّ آنِفًا سُورَةٌ  » . فَقَرَأَ  » بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ { إِنَّا أَعْطَيْنَاكَ الْكَوْثَرَ * فَصَلِّ لِرَبِّكَ وَانْحَرْ * إِنَّ شَانِئَكَ هُوَ الأَبْتَرُ}  » . ثُمَّ قَالَ  » أَتَدْرُونَ مَا الْكَوْثَرُ  » . فَقُلْنَا اللَّهُ وَرَسُولُهُ أَعْلَمُ . قَالَ  » فَإِنَّهُ نَهْرٌ وَعَدَنِيهِ رَبِّي عَزَّ وَجَلَّ عَلَيْهِ خَيْرٌ كَثِيرٌ هُوَ حَوْضٌ تَرِدُ عَلَيْهِ أُمَّتِي يَوْمَ الْقِيَامَةِ آنِيَتُهُ عَدَدُ النُّجُومِ فَيُخْتَلَجُ الْعَبْدُ مِنْهُمْ فَأَقُولُ رَبِّ إِنَّهُ مِنْ أُمَّتِي . فَيَقُولُ مَا تَدْرِي مَا أَحْدَثَتْ بَعْدَكَ  » . زَادَ ابْنُ حُجْرٍ فِي حَدِيثِهِ بَيْنَ أَظْهُرِنَا فِي الْمَسْجِدِ . وَقَالَ  » مَا أَحْدَثَ بَعْدَكَ « 

« Al-Kawthar est un fleuve que mon Seigneur m’a promis, au Paradis ; il contient un bien immense ; c’est un bassin où ma communauté viendra boire au Jour de la Résurrection ; ses coupes sont aussi nombreuses que les étoiles. »

Muslim (400), d’après Anas — le fleuve et le bassin sont nommés ensemble ; voir la fiche ci-dessus

عَنْ سَهْلِ بْنِ سَعْدٍ، قَالَ قَالَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم  » إِنِّي فَرَطُكُمْ عَلَى الْحَوْضِ، مَنْ مَرَّ عَلَىَّ شَرِبَ، وَمَنْ شَرِبَ لَمْ يَظْمَأْ أَبَدًا، لَيَرِدَنَّ عَلَىَّ أَقْوَامٌ أَعْرِفُهُمْ وَيَعْرِفُونِي، ثُمَّ يُحَالُ بَيْنِي وَبَيْنَهُمْ « 

« Je vous précéderai au Bassin ; quiconque passera près de moi y boira, et quiconque y boira n’aura plus jamais soif. Des gens viendront à moi que je connaîtrai et qui me connaîtront ; puis un obstacle sera placé entre eux et moi. » Abû Sa‘îd ajoute qu’il l’entendit dire : « Je dirai : Ils sont de moi ! On dira : Tu ne sais pas ce qu’ils ont changé après toi. Je dirai alors : Loin, loin, celui qui a changé après moi ! »

Al-Bukhârî (6583, 6584) et Muslim (2290, 2291), d’après Sahl ibn Sa‘d et Abû Sa‘îd

عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ ـ رضى الله عنهما ـ عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » إِنَّكُمْ مَحْشُورُونَ حُفَاةً عُرَاةً غُرْلاً ـ ثُمَّ قَرَأَ – {كَمَا بَدَأْنَا أَوَّلَ خَلْقٍ نُعِيدُهُ وَعْدًا عَلَيْنَا إِنَّا كُنَّا فَاعِلِينَ} وَأَوَّلُ مَنْ يُكْسَى يَوْمَ الْقِيَامَةِ إِبْرَاهِيمُ، وَإِنَّ أُنَاسًا مِنْ أَصْحَابِي يُؤْخَذُ بِهِمْ ذَاتَ الشِّمَالِ فَأَقُولُ أَصْحَابِي أَصْحَابِي. فَيَقُولُ، إِنَّهُمْ لَمْ يَزَالُوا مُرْتَدِّينَ عَلَى أَعْقَابِهِمْ مُنْذُ فَارَقْتَهُمْ. فَأَقُولُ كَمَا قَالَ الْعَبْدُ الصَّالِحُ {وَكُنْتُ عَلَيْهِمْ شَهِيدًا مَا دُمْتُ فِيهِمْ} إِلَى قَوْلِهِ {الْحَكِيمُ } »

« … Puis on amènera des hommes de ma communauté, que l’on emmènera vers la gauche ; je dirai : Seigneur, mes compagnons ! On dira : Tu ne sais pas ce qu’ils ont innové après toi. Je dirai alors ce qu’a dit le serviteur pieux : J’ai été témoin contre eux tant que je suis resté parmi eux ; puis, quand Tu m’as rappelé, c’est Toi qui les observais. On dira : Ceux-là n’ont cessé de tourner les talons depuis que tu les as quittés. »

Al-Bukhârî (3349, 4625) et Muslim (2860), d’après Ibn ‘Abbâs — extrait

Qui est écarté du Bassin ?

Les commentateurs distinguent : les apostats, revenus au polythéisme après le Prophète ﷺ, que visent les mots « ils n’ont cessé de tourner les talons » (an-Nawawî, Sharh Muslim, hadith 2860 ; Ibn Hajar, Fath al-Bârî, sur 6584) ; les hypocrites qui se disaient de la communauté ; et, selon Ibn ‘Abd al-Barr (at-Tamhîd, sur le hadith du Bassin), quiconque a altéré la religion par une innovation ou une injustice manifeste. Le hadith dit « ma communauté » et « je les connaîtrai » : le récit peut donc dire qu’on peut avoir été des siens et être écarté, mais il doit dire pourquoi, avec les mots du hadith : « ce qu’ils ont changé après toi ».

La lecture des savants

At-Tahâwî en fait un article de foi : « Le Bassin dont Allah a honoré le Prophète ﷺ pour désaltérer sa communauté est une vérité. » Ibn Abî al-‘Izz relève que les hadiths du Bassin sont rapportés par plus de trente Compagnons, ce qui en fait une transmission massive ; al-Qurtubî (at-Tadhkira) et Ibn Hajar (Fath al-Bârî, bâb fî al-hawd) dressent la liste des rapporteurs. Sur l’eau, les coupes et la largeur, les descriptions varient d’un hadith à l’autre (un mois de marche, la distance de Jarbâ’ à Adhruh, d’Aylah à Sanaa) ; an-Nawawî explique que le Prophète ﷺ a donné des comparaisons différentes à des auditeurs différents, toutes vraies dans leur mesure.

Ce que les textes ne disent pas

  • La forme du Bassin au-delà de « ses côtés sont égaux ».
  • Le moment exact où l’on y boit par rapport au Compte : la chronologie est celle des savants, non celle d’un hadith.
  • Le nombre de ceux qui en sont écartés : le hadith dit « des hommes », « des gens ».
Pour le récit — Après la sueur, la soif ; après la soif, l’eau. Le Bassin est un soulagement, mais le récit doit garder la gifle finale : « loin, loin, celui qui a changé après moi ». C’est le moment naturel de rappeler que l’on peut être reconnu par le Prophète ﷺ et pourtant écarté, et de dire pourquoi.

Transition — Les registres volent. Chacun va recevoir son livre, et entendre son Seigneur sans interprète. → étape suivante