Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
La louange toute entière est exclusivement à Allah, Le Seigneur des mondes !
Ô Allah ! Prie sur Muhammad et sur la famille de Muhammad comme Tu as prié sur Ibrahim et sur la famille d'Ibrahim. Tu es certes digne de louange et de glorification ! Ô Allah ! Bénis Muhammad et la famille de Muhammad comme Tu as béni Ibrahim et la famille d'Ibrahim. Tu es certes digne de louange et de glorification !
L'intention
La première chose par laquelle on commence dans la science c'est de renouveler l'intention.
En effet, l'Émir des croyants Abou Hafs 'Umar ibn Al-Khattab رضي الله عنه a dit : « J'ai entendu l'Envoyé d'Allah صلى الله عليه وسلم dire :
« Les actes ne valent que par les intentions et à chacun selon son intention. » (Rapporté par les imams Bukhari et Mouslim dans leurs Sahihs)
Et Notre Seigneur Le Très-Haut a dit :
« Il ne leur a été commandé, cependant, que d'adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif » (Sourate Al-Bayyinah, verset 5)
Avant de commencer toute chose, on renouvelle notre intention pour Allah, Glorifié soit-Il.
La recherche de la science
Il faut savoir que la recherche de la science est une adoration.
Notre Seigneur Le Très-Haut a dit :
« Pourquoi de chaque clan quelques hommes ne viendraient-ils pas s'instruire dans la religion, pour pouvoir à leur retour, avertir leur peuple afin qu'ils soient sur leur garde. » (Sourate At-Tawbah, verset 122)
D'après Anas رضي الله عنه, le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit :
« Apprendre la science est une obligation pour chaque musulman. » (Rapporté par Ibn Maja et authentifié par Cheikh Al Albani dans Sahih Targhib n°72)
Le Fiqh
Le Fiqh (jurisprudence) est la manière dont nous allons adorer Notre Seigneur. En d'autres termes, le Fiqh est : la connaissance des règles pratiques de la religion.
La jurisprudence musulmane se compose en 4 grands volets :
- Les adorations, qui comprennent la purification, la prière, la zakat, le jeûne, le hajj — et certains y rajoutent un autre volet ;
- Les transactions financières, c'est-à-dire comment acheter, vendre, prêter, emprunter, etc. ;
- Les affaires matrimoniales, qui comprennent le mariage, le divorce, etc. ;
- Le dernier volet concerne tout ce qui ressort de l'État musulman : en d'autres termes, l'État musulman traite les litiges et gère les affaires des gens.
Le Madhab (école) Malikite
Il faut savoir que le madhab Malikite est très répandu en France (c'est le madhab majoritairement utilisé par les musulmans en France) mais également un peu partout dans le monde. C'est pour cela que nous allons nous y intéresser dans ces cours si Allah le veut.
L'école Malikite tire son nom du grand imam, l'imam Malik Ibn Anas (93H-179H), qui a vécu au deuxième siècle de l'hégire, donc qui se trouve être très proche de notre bien-aimé Prophète صلى الله عليه وسلم. Il faut savoir que le Prophète صلى الله عليه وسلم a enseigné l'islam à ses compagnons, puis les compagnons ont transmis cette science à la génération d'après, c'est-à-dire aux Tabi'ines, qui eux-mêmes l'ont transmise à leurs successeurs, dont fait partie l'imam Malik. Ce grand imam est né à Médine en 93 de l'hégire et est mort en 179 de l'hégire. Il a étudié auprès d'innombrables savants et un grand nombre d'entre eux ont témoigné de sa science profonde. Il eut beaucoup d'élèves, qui eux-mêmes ont eu un grand nombre d'élèves, et parmi ses élèves les plus brillants nous trouvons :
- L'imam Muhammad Ibn Idriss Ash-Shafi'i de Palestine (204H), descendant Quraychite et fondateur du madhab Shafi'ite,
- L'imam Abdelmalik Ibn Abdelaziz Al-Majishoun (213H), moufti de Médine,
- L'imam Ash-Shab d'Égypte (204H),
- L'imam Abdallah Ibn Wahb d'Égypte (197H), qui étudia auprès de l'imam Malik plus de 20 ans,
- L'imam Abderrahman Ibn Qassim d'Égypte (191H), qui étudia auprès de l'imam Malik pendant 20 ans, ce qui lui permit d'avoir une grande connaissance des différents avis de son Cheikh. Ibn Qassim put ainsi rassembler les avis de l'imam Malik sous forme de questions-réponses avec un homme du nom d'Asad Ibn Al-Fourat, qui fut le premier à compiler Al Moudawwana (compilation des paroles de l'imam Malik) ; d'autres vinrent ensuite et compilèrent également des Moudawwana et des livres devenus des références du madhab Malikite :
• L'imam Asad Ibn Al-Fourat d'Irak (213H) se rendit auprès de l'imam Ibn Qassim pour se renseigner et apprendre la science. Il l'interrogeait sur maintes questions de Fiqh et Ibn Qassim lui répondait en utilisant les avis de l'imam Malik. C'est ainsi qu'il compila les réponses de l'imam Malik, qui devinrent le livre connu sous le nom d'Al Moudawwana, appelé au début Al Asdyia — l'un des écrits les plus reconnus concernant les avis de l'imam Malik. Ce grand imam eut ensuite un élève du nom de Souhnoun, qui apprit de lui cet Asdyia (ou Moudawwana).
• L'imam Souhnoun Ibn Sa'id le Tunisien (240H), juge de Kairouan, était tellement assidu dans la recherche de la science qu'après avoir maîtrisé et assimilé le contenu de cet Asdyia, il se rendit auprès de l'imam Ibn Qassim pour vérifier que tout était bien clair, en le réinterrogeant dessus. Ibn Qassim vérifia et corrigea avec lui cette nouvelle Moudawwana, qu'on appela par la suite Al Moudawwana Al Kubra (la grande Moudawwana) de l'imam Souhnoun, prise comme référence principale des avis de l'imam Malik à son époque.
• L'imam Muhammad ibn Al-Mawaz l'Égyptien (269H), qui écrivit son fameux Al-Mawaziya, livre référence de son époque. Il eut de grands professeurs tels qu'Ibn Al-Majishoun, Asbagh, Ibn Abdelhakam, et d'autres…
• L'imam Abdelmalik Ibn Habib d'Andalousie (238H), qui écrivit Al-Wadiha, surnommée la deuxième Moudawwana du fait de sa maîtrise. Il fut l'élève notamment d'Ibn Al-Majishoun, Asbagh et bien d'autres…
• Puis enfin, l'imam Muhammad Al-'Otbi d'Andalousie (255H), descendant des Omeyyades. Il étudia auprès de Souhnoun, Ibn Al Qassim, Ash-Shab, Ibn Habib, etc. Il compila tout ce qu'il entendit d'eux dans Al 'Otbiya (Al Moustakhrija), où il rassembla beaucoup d'avis isolés de l'école, devenu incontournable comme Al Moudawwana.
Ces 4 Moudawwana sont devenues les 4 livres mères de référence en ce qui concerne les avis de l'imam Malik. Par la suite, les savants du madhab Malikite se sont attachés à ces 4 livres en les expliquant. Quatre d'entre eux se sont démarqués dans leurs explications du fait de leur excellence, il s'agit des imams :
• Abou Al-Hassan Al-Lakhmi de Tunisie (478H), qui rassembla les Moudawwana, le Mouwatta (livre écrit par l'imam Malik dans la science du Hadith et du fiqh) et d'autres références de l'école, et en fit l'explication détaillée dans At-Tabsira, devenue référence de son époque.
• Ali Ibn Younous de Sicile (451H), descendant des Bani Tamim. Il compila les livres et avis de référence de l'école dans Al-Jami', devenu un des ouvrages de référence de son époque.
• Abou Al-Walid Ibn Roushd Al-Jadd d'Andalousie (520H), juge des juges de Cordoue et moufti des Mourabitoun. Il rassembla les Moudawwana et livres de référence de l'école dans Al Bayan Wat-Tahsil.
• Et Muhammad Ibn Ali Al-Maziri de Tunisie (536H). Il fut l'élève d'Al-Lakhmi ; il expliqua At-Talqin du juge Abdalwahab et la Moudawwana de Souhnoun, et devint la référence de son époque.
Ces savants sont les grandes références du madhab malikite : ils sont parvenus à un haut rang d'excellence dans la science, jusqu'à atteindre le degré de Moudjahid (savant capable d'extraire des jugements auxquels aucun texte n'est explicite). Par la suite vinrent également de grands savants de l'islam qui expliquèrent ces différentes Moudawwana. Citons les plus connus d'entre eux :
• Othman Ibn Al-Hajib d'Égypte (646H), d'origine kurde, rassembla tous ces livres et résuma la science des anciens du madhab Malikite dans son ouvrage Jami' Al Oummouhate, plus connu sous le nom de Moukhtasar d'Ibn Hajib. Il devint une grande référence du madhab, si bien que très peu de savants, par la suite, revinrent aux Moudawwana principales, tant le Moukhtasar d'Ibn Hajib les résume et les rassemble avec justesse.
• Khalil Ibn Ishaq Al Jundi d'Égypte (767H), moufti, réalisa l'une des meilleures explications du Moukhtasar d'Ibn Al-Hajib, puis le résuma après une vingtaine d'années de recherche et de travail dans son propre Moukhtasar (connu sous le nom de Moukhtasar de Khalil), où il rassembla près de 100 000 questions jurisprudentielles. C'est l'une des références les plus importantes chez les Malikites.
• Ahmad Ad-Dardir d'Égypte (1201H), descendant Quraychite, reprit le Moukhtasar de Khalil en revérifiant et corrigeant ce qui lui semblait le plus juste, dans son livre Aqrab Al Masalik. Il écrivit également une explication du livre de l'imam Khalil intitulée Charh As-Saghir.
• Puis enfin, Muhammad Al-Hattab du Maghreb (954H), né à La Mecque, rédigea une explication du Moukhtasar de Khalil qui est l'une des plus conformes à l'avis prépondérant de l'école.
Conclusion
Voici, en résumé, quelques figures parmi les plus emblématiques du madhab Malikite. Nous voyons bien que le madhab est une transmission de la science siècle après siècle, depuis nos pieux prédécesseurs jusqu'à nos jours.
À chaque époque, le madhab a été travaillé, revérifié, corrigé… par les plus grands savants de leur temps, jusqu'à nous parvenir par la grâce d'Allah. Dans nos cours, nous allons nous baser sur le livre Moukhtasar de Khalil et le simplifier, afin que les plus connaisseurs profitent de la science de ce grand imam, et également que les novices puissent comprendre le cours dans son ensemble.
Que la bénédiction d'Allah soit sur vous.
Par l'Ustadh Abderrahman Nahik